‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 87 sur 174 · LES SOUVENIRS DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LES SOUVENIRS DU PEUPLE

Air : Passez votre chemin, beau sire.

On parlera de sa gloire Sous le chaume bien longtemps ; L'humble toit, dans cinquante ans, Ne connaîtra plus d'autre histoire.

Là viendront les villageois Dire alors à quelque vieille :

Par des récits d'autrefois, Mère, abrégez notre veille.

Bien, dit-on, qu'il nous ait nui, Le peuple encor le révère,

Oui, le révère.

Parlez-nous de lui, grand'mère, Parlez-nous de lui. (Bis.)

Mes enfants, dans ce village, Suivi de rois, il passa ; Voilà bien longtemps de ça :

Je venais d'entrer en ménage.

A pied grimpant le coteau Où pourvoir je m'étais mise, Il avait petit chapeau Avec redingote grise.

Près <!<' lui je me troublai.

LEo âvfilW.ERIBIfeS -DU iPEMIFILlE

11 nie dit : Bonjour, ma chère, Bonjour, ma chère.

— Il vous a parlé, grand'nière !

11 vous a parlé !

L'an d'après, moi, pauvre femme, A Paris étant un jour, Je le vis avec sa cour :

11 se rendait à Notre-Dame.

Tous les cœurs étaient contents ; On admirait son cortège.

Chacun disait : Quel beau temps !

Le ciel toujours le protège Son sourire était bien doux ; D'un fils Dieu le rendait père, Le rendait père.

— Quel beau jour pour vous, grand'nière ! Quel beau jour pour vous !

Mais, quand la pauvre Champagne Fut en proie aux étrangers, Lui, bravant tous les dangers, Semblait seul tenir la campagne.

Un soir, tout comme aujourd'hui, J'entends frapper à la porte ; J'ouvre : bon Dieu ! c'était lui, Suivi d'une faible escorte.

Il s'assoit où me voilà, S'écriant : Oh ! quelle guerre !

Oh ! quelle guerre !

i88 CHANSONS

— 11 s'est assis là, grand'mère !

Il s'esl assis là !

J'ai faim, dit-il. Et bien vite Je sers piquelte et pain bis ; Puis il sèche ses habits, Même à dormir le feu l'invite.

Au réveil, voyant mes pleurs, Il me dit : Bonne espérance!

Je cours, de tous ses malheurs, Sous Paris venger la France.

Il part ; et comme un trésor J'ai depuis gardé son verre, Gardé son verre.

— Vous l'avez encor, grand'mère Vous l'avez encor !

Le voici. Mais à sa perte Le héros fut entraîné.

Lui, qu'un pape a couronné, Est mort dans une île déserte.

Longtemps aucun ne l'a cru ; On disait : Il va paraître.

Par mer il est accouru ; L'étranger va voir son maître.

Quand d'erreur ou nous tira, Ma douleur fui bien amère, Fut bien amère.

— Dieu vous bénira, grand'mère, Dieu vous bénira! (Mis.)

DE BÉUANGElt. 189

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