LES MARIONNETTES
Aik : Pégase est un cheval qui porte.
Sur son navire un capitaine
Transportait des noirs au marché.
L'ennui les tuait par vingtaine :
Peste î dit-il ; quel débouché !
Fi ! que c'est laid, sots que vous êtes !
Mais j'ai de quoi vous guérir tous.
Venez voir mes marionnettes : \ n.
Bis
Bons esclaves, amusez-vous. )
Pour tromper leur douleur mortelle, Soudain un théâtre est monté ; Soudain paraît Polichinelle, Pour des noirs grande nouveauté.
D'abord ils ne savent qu'en dire, Ils se regardent en dessous ; Puis aux pleurs se mêle un sourire :
Bons esclaves, amusez-vous.
Voilà monsieur le commissaire ; Il s'attaque au roi des bossus, Qui, trouvant un exemple à l'aire, Vous l'assomme et souffle dessus.
Oubliant tout, jusqu'à leurs chaînes, Nos gens poussent des rires fous.
L'homme est infidèle à ses peines :
Bons esclaves, amusez-vous.
Le diable vient ; l'ange rebelle Leur plaît surtout par sa couleur. 11 emporte Polichinelle ; Autre accroc fait à la douleur.
Cette fin charme l'auditoire :
Un noir a triomphé pour tous.
Les pauvres gens rêvent la gloire :
Bons esclaves, amusez-vous.
Ainsi, voguant vers l'Amérique, Où s'aggraveront leurs destins, De leur humeur mélancolique Ils sont tirés par des pantins.
Tout roi que la peur désenivre Nous prodigue aussi des joujoux.
N'allez pas vous lasser de vivre :
Bons esclaves, amusez-vous.
DE RÉRANGER. 191