‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 91 sur 174 · LES LUTINS DE MONTLHÉRI · texte numérisé non relu

LES LUTINS DE MONTLHÉRI

Air : Ce soir-là sous son ombrage.

A pied, la nuit, en voyage,

Je m'étais mis à l'abri

Contre le vent et l'orage

Dans la tour de Montlhéri.

Je chantais, lorsqu'un long rire

D'épouvante m'a glacé; Puis tout haut j'entends dire :

a Notre règne est passé. »

Des follets brillent dans l'ombre,

Et la voix que j'entendais

Se mêle aux cris d'un grand nombre

De lutins, de farfadets.

Au bruit d'une aigre trompette

Le sabbat a commencé.

Plus haut la voix répète :

« Notre règne est passé. »

« Non, dit la voix, plus de fêtes!

« Esprits, vite délogeons.

« La Raison, par ses conquêtes,

« Nous bannit des vieux donjons.

« Le monde a changé d'oracles;

« Nos prodiges ont cessé ; « L'homme fait des miracles :

« Notre règne est passé.

« Nous donnâmes à la Grèce « Ces dieux créés pour les sens « Dont l'éternelle jeunesse « Vivait de fleurs et d'encens.

« Dans la Gaule encor sauvage « Pour nous le sang fut versé.

« Hélas! même au village « Notre règne est passé.

« On nous vit, sous vos trophées, « Paladins et troubadours, « Enchaîner aux pieds des fées « Les rois, les saints, les Amours « La magie à notre empire « Soumit le ciel courroucé.

« Des sorciers j'entends rire :

« Notre règne est passé.

« La Raison nous exorcise; <( Esprits, fuyons sans retour. »

La voix se tait... 0 surprise !

J'ai cru voir crouler la tour.

De leur retraite chérie Tous out fui d'un vol pressé.

Au loin la voix s'écrie :

« Notre règne est passé. »

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