‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 92 sur 174 · LA COMÈTE DE · texte numérisé non relu

LA COMÈTE DE

Air : A soixante ans il ne faut pas remettre.

Dieu contre nous envoie une comète; A ce grand choc nous n'échapperons pas. Je sens déjà crouler notre planète ; L'Observatoire y perdra ses compas. (Bis.) Avec la table adieu tous les convives ! Pour peu de gens le banquet fut joyeux. (Bis.) Vite à confesse allez, âmes craintives; Finissons-en : le inonde est assez vieux, Le monde est assez vieux. (Bis.)

Bis.

Oui, pauvre globe égaré dans l'espace, Embrouille enfin tes nuits avec tes jours, Et, cerf-volant dont la ficelle casse, Tourne en tombant, tourne et tombe toujours. Va, franchissant des routes qu'on ignore, Contre un soleil te briser dans les cieux. Tu l'étcindrais, que de soleils encore!

Finissons-en : le monde est assez vieux, Le monde est assez vieux.

N'est-on pas las d'ambitions vulgaires, De sots parés de pompeux sobriquets?

D'abus, d'erreurs, de rapines, de guerres, De laquais-rois, de peuples de laquais?

N'est-on pas las de tous nos dieux de plâtre ; Vers l'avenir las de tourner les yeux?

Ab ! c'en est trop pour si petit théâtre; Finissons-en : le monde est assez vieux, Le monde est assez vieux.

Les jeunes gens me disent : Tout chemine : A petit bruit chacun lime ses fers; La presse éclaire, et le gaz illumine, Et la vapeur vole aplanir les mers.

Vingt ans au plus, bonhomme, attends encore : L'œuf éclôra sous un rayon des cieux.

Trente ans, amis, j'ai cru le voir éclore; Finissons-en : le monde est assez vieux, Le monde est assez vieux.

Bien autrement je parlais quand la vie

Gonflait mon cœur et de joie et d'amour.

Terre, disais-je, ah ! jamais ne dévie

Du cercle heureux où Dieu sema le jour. [Bis.)

Mais je vieillis, la beauté me rejette;

Ma voix s'éteint; plus de concerts joyeux. [Bis.)

Arrive donc, implacable comète; ) ':

. Bis.

Finissons-en : le monde est assez vieux, )

Le monde est assez vieux. (Bis.)

Page 1