‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 4)Chapitre 37 sur 94 · LE VIOLON BRISE · texte numérisé non relu

LE VIOLON BRISE

Air : H regardais Madelinètte.

Viens, mon chien , viens, ma pauvre bète;

Mange malgré mon désespoir.

Il me reste un gâteau de fête;

Demain nous aurons du pain noir, {bis.)

Les étrangers, vainqueurs par ruse.

M'ont dit hier dans ce vallon :

« Fais-nous danser! » Moi, je refuse; L'un d'eux brise mon violon.

C'était l'orchestre du village.

Plus de fêtes! plus d'heureux jours!

Qui fera danser sous l'ombrage?

Qui réveillera les Amours? (pis.)

Sa corde vivement pressée,

Dès l'aurore d'un jour bien doux,

Annonçait à la fiancée

Le cortège du jeune époux.

Aux curés qui l'osaient entendre, Nos danses causaient moins d'effmi.

La gaité qu'il savait répandre Eût déridé le front d'un roi, (bis.)

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S'il préluda, dans notre gloire, Aux chants qu'elle nous inspirait.

Sur lui jamais pouvais-je croire Que l'étranger se vengerait?

Viens, mon chien, viens, ma pauvre bête;

Mange malgré mon désespoir.

Il me reste un gâteau de fête ;

Demain nous aurons du pain noir, (bis.)

Combien sous l'orme ou dans la grange Le dimanche va sembler long !

Dieu bénira-t-il la vendange Qu'on ouvrira sans violon?

Il délassait des longs ouvrages , Du pauvre étourdissait les maux ; Des grands, des impôts, des orages.

Lui seul consolait nos hameaux. - {bis.)

Les haines , il les faisait taire ; Les pleurs amers, il les séchait.

Jamais sceptre n'a fait sur terre Autant de bien que mon archet.

Mais l'ennemi qu'il faut qu'on chasse M'a rendu le courage aisé.

Qu'en mes mains un mousquet remplace Le violon qu'il a brisé, (bis.)

Tant d'amis dont je me sépare Diront un jour, si je péris :

Il n'a point voulu qu'un barbare Dansât gaiment sur nos débris.

Viens, mon chien, viens, ma pauvre bête;

Mange malgré mon désespoir.

Il me reste un gâteau de fête ;

Demain nous aurons du pain noir, {bis.)

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