‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 111 sur 323 · MON HABIT · texte numérisé non relu

MON HABIT

Air Ai Viidiï.Us dt déc tua.

Sois-moi fidèle, ô pauvre habit que j’aime!

Ensemble nous devenons vieux.

Depuis dix ans je te brosse moi- même,

Et Socrate n'eùt pas fait mieux.

Quand le sort à ta mince étoffe Livrerait de nouveaux combats, Imite-moi, résiste en philosophe :

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

Je me souviens, car j'ai bonne mémoire,

Du premier jour où je te mis.

C'était ma fête, et, pour comble de gloire,

Tu fus chanté par mes amis.

Ton indigence, qui m’honore.

Ne m’a point banni de leurs bras.

Tous ils sont prêts à nous fêter encore :

Mou vieil ami, ue nous séparons pas.

A ton revers j’admire une reprise ;

C’est encore un doux souvenir.

Feignant un soir de fuir la tendre Lise,

Je sens sa main me retenir.

On te déchire, et cet outrage Auprès d’elle enchaiue mes pas.

Lisette a mis deux jours à tant d’ouvrage ;

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

T’ai-je imprégné des flots de musc et d'ambre Qu'un fat exhale en se mirant?

M’a-t-on jamais vu dans une antichambre T’exposer au mépris d’un grand ?

Pour des rubans la France entière Fut eu proie à de longs débats ;

La fleur des champs brille à ta boutonnière : Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

Ne crains plus tant ces jours de courses vaines Où notre destin fut pareil ;

Ces jours mêlés de plaisirs et de peines, Mêlés de pluie et de soleil.

Je dois bientôt, il me le semble,

Mettre pour jamais habit bas.

Attends un peu ; nous finirons ensemble :

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

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