‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 127 sur 323 · IM P · texte numérisé non relu

IM P

Parlons bas ;

Ici près j'ai vu Judas,

J'ai vu Judas, j'ai vu Judas.

Enfin sa bouclie flétrie Ose prendre un noble accent,

Et des maux de la patrie Ne parle qu'en gémissant.

Nous qui faisons le procès A tous les mauvais Français,

Parlons bas,

Parlons bas ;

Ici près j’ai vu Judas,

J'ai vu Judas, j'ai vu Judas.

Monsieur Judas, sans malice,

Tout haut vous dit: - Mes amis,

« Les limiers de la police * Sont à craindre eu ce pays. »

Mais nous qui de maints brocards Poursuivons jusqu'aux mouchards, Parlons bas.

Parlons bas ;

Ici près j’ai vu Judas,

J’ai vu Judas, j'ai vu Judas.

mTmunmnmmmwmniwmmnmmwmnm& LE DIEU DES BONNES GENS.

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11 est un Dieu ; devant lui je m'incline,

Pauvre et content, sans lui demander rien.

De l’univers observant la machine,

J'y vois du mal, et n’aime que le bien.

Mais le plaisir à ma philosophie Révèle assez des deux intelligents.

Le verre en main, gaiment je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Dans ma retraite où l’on voit l'indigence,

Sans m'éveiller, assise à mon chevet,

Grâce aux amours, bercé par l’espérance, l»'un lit plus doux je rêve le duvet.

Aux dieux des cours qu'un autre sacrifie I

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Moi, qui ne crois qu'à des dieux indulgents.

Le verre en main, gaiment je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Un conquérant, dans sa fortune altière,

Se fit un jeu des sceptres et des lois,

Et de ses pieds on peut voir la poussière Empreinte encor sur le bandeau des rois.

Vous rampiez tous, ô rois qu’on déifie !

Moi, pour braver des mnitres exigeants,

Le verre en main, gaiment je me confie Au Dieu des bonues gens.

Dans nos palais, où, près de la Victoire,

Brillaient les arts, doux fruits des beaux climats, J'ai vu du Nord les peuplades sans gloire l)e leurs manteaux secouer les frimas.

Sur nos débris Alhiou nous délie *;

Mais les destins et les Ilots sont changeants :

Le verre en main gaiment je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Quelle menace un prêtre fait entendre !

Nous touchons tous à nos derniers instants : L’éternité va se faire comprendre ;

Tout va finir, l’univers et le temps.

O chérubins à la face bouffie,

Réveillez donc les morts peu diligents.

Le verre en main, gaiment je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Mais quelle erreur ! non, Dieu n’est point colère : S’il créa tout, à tout il sert d’appui :

Vins qu'il nous donne, amitié tutélaire,

Et vous, amours, qui créez après lui,

Prêtez un charme à ma philosophie Pour dissiper des rêves affligeants.

Le verre eu main, que chacun se confie Au Dieu des bonnes gens.

• Des critiques anglais, très-bienveillants d’ailleurs pour notre auteur, lui ont reproché les traits plaisants ou graves dirigés contre leur nation. Ils auraient dù se rappeler que ce» attaques remontent au temps de l’occupation de la France par les armées étrangères, qui avaient fait la Restauration ; à c»* temps où sir Waller Scott venait cite* nous écrire les Lettres de Paul, lâche et cruel outrase à un peuple aussi malheureux qu’il avait été grand, l/idée d'entretenir la haine entre deux nations a toujours éto loin du cœur de celui qui, a l’évacuation de notre territoire, fut le premier à appeler tous les peuples à une sainte alliance.

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