‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 137 sur 323 · LE PRINCE DE NAVARRE · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE NAVARRE

OU MATHllKIN BRCNEAU

Air du Ballet te Pierrots

Quoi ! tu veux régner sur la France !

Est-tu fou, pauvre Mathurin?

N'échange point ton indigence Contre tout l'or d'un souverain.

Sur un trône l'ennui se carre,

Fier d'être encensé par des sots.

Croyez-moi, prince de Navarre.

Prince, faites-nous des sabots.

* Tout le momie <e rappelle que Malhurin Broneau , rueannd pourftrr lils d’un sa boiter, affectait de m> donner le lllrc dp prine.- île yavarre.

De» leçon» que le malheur donuc,

Tu n'as doue point tiré de fruit, ltéclamerais-tu la couronne,

Si le malheur t'avait instruit?

Cette ambition n'est point rare, Même ailleurs que chez les héros.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Dans le rang que toi-même espères, Trompés par des flatteurs câlins,

Que de rois se disent les pères D'enfants qui se croient orphelins !

Itégner, c’est n'être point avare De lois, de rubans, de grands mots.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Quand tu combattrais avec gloire, Sache que plus d'un conquérant Se voit arracher la victoire Par un général ignorant l'n Anglais, aide d’un Tariare,

Foule aux pieds de nobles drapeaux.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Combien d'agents illégitimes Servent la légitimité!

Trop tard sur les malheurs de Nimes On éclairerait ta bonté, le roi qu'au Pont-Neuf on répare" Parle eu vain pour les huguenots.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

De tes maux quel serait le terme Si quelques alliés sans foi Prétendaient que tu tiens à ferme l,e trône que tu dis à toi?

De jour en jour leur ligue avare Augmenterait le prix des baux.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Cnfin pourrais-tu sans scrupule,

• On s'occupait alors Je relever la Ma tue de Henri IV.

Graissant la patte au Saint-Esprit,

Faire nn concordat ridicule Avec ton père en Jésus-Christ?

Pour lui redorer sa tiare.

Tu nous surchargerais d’impôts.

Croyez-moi, prince de Navarre,

Prince, faites-nous des sabots.

D’ailleurs ton métier nous arrange :

[Nos amis nous ont fait capot.

C'est pour que l’étranger la mange Que nous mettons la poule au pot.

De nos souliers même on s'empare Après avoir pris nos manteaux.

Croyez-moi, prince de Navarre,

Prince, faites-nous des sabots.

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