‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 18 sur 323 · PARNY · texte numérisé non relu

PARNY

Roaanre — Mecque de M B Wfea.

Je disais aux fils d’Epicure :

« Réveillez par vos joyeux chants Pamy, qui sait de la nature « Célébrer les plus doux penchants. »

Mais les chants que la joie inspire

Font place aux regret» superflus ;

Paru y n'est plus !

Il vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

Je disais aux Grâces émues :

« Il vous doit sa célébrité.

« Montrez-vous à lui demi-nues ;

“ Qu’il peigne encor la volupté. »

Mais chacune d'elles soupire Auprès des Plaisirs éperdus.

Parny n’est plus !

Il vient d’expirer sur sa lyre:

Parny n’est plus !

Je disais aux dieux du bel âge :

« Amours, rendez à ses vieux ans • Les fleurs qu'aux pieds d’une volage « Il prodigua dans son printemps. ■ Mais en pleurant je les vois lire Des vers qu’ils ont cent fois relus.

Parny n’est plus !

Il vient d'expirer sur sa Ivre :

Parny n'est plus !

Je disais aux Muses plaintives :

“ Oubliez vos malheurs récents ■< Pour charmer l’écho de nos rives ,

" Il vous suffit de ses accents.

Mais du poétique délire Files brisent les attributs.

Parny n'est plus !

Il vient d’expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

Il n’est plus ! ah ! puisse l’envie S'interdire un dernier effort • ** !

Immortel il quitte la vie ;

Pour lui tous les dieux sont d'accord.

Que la haine, prête à maudire, Pardonne aux aimables vertus.

Parny n'est plus !

• Allusion à la mon de Lebrun, deDelille, de Bernardin du Saint- Pierre, de Grétry.etc.

•• Autre allusion aux insultes faites A la mémoire de Tailleur de la f.uerre de» Dieux.

U vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

MA GRAND’ MfiRE.

Air : RureraBJt^Biiî h Stasi

Ma grand'mère , un soir à sa fête , De vin pur ayant bu deux doigts, Aous disait en branlant la tète :

Que d'amoureux j’eus autrefois !

Combien je regrette Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu!

(bis.)

Quoi ! maman , vous n'étiez pas sage ! — Non vraiment ! et de mes appas Seule à quinze ans j’appris l'usage :

Car la nuit je ne dormais pas.

Combien je regrette Mon bras si dodu.

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu !

Maman , vous aviez le cœur tendre ?

— Oui, si tendre qu'à dix-sept ans , Lindor ne se fit pas attendre,

Et qu’il n’attendit pas longtemps.

Combien je regrette Mon bras si dodu ,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu !

Maman, Liudor savait donc plaire?

—Oui , seul il me plut quatre mois ; Mais bientôt, j’estimai Valère,

Et fis deux heureux à la fois.

Combien je regrette Mon bras si dodu ,

Ma jambe bien faite ,

Et le temps perdu !

Quoi ! maman, deux amants ensemble !

—Oui, mais chacun deux me trompa.

Plus line alors qu il ne vous semble, J'épousai votre grand-papa.

Combien je regrette Mon bras si dodu ,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu !

Maman , que lui dit la famille ?

—Rien, mais un mari plus sensé Eût pu connaître à la coquille Que l’œuf était déjà cassé.

Combien je regrette Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite ,

Et le temps perdu !

Maman , lui fûtes-vous fidèle?

Oh ! sur cela je me tais bien.

K moins qu'à lui Dieu 11e m'appelle, Mon confesseur n'en saura rien.

Combien je regrette,

Mon bras si dodu ,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu !

Rien tard , maman, vous fûtes veuve?

—Oui ; mais , grâces à ma gaité ,

Si l'église n'était pas neuve ,

Ix saint u’en fut pas moins fêté.

Combien je regrette Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite ,

Et le temps perdu !

Comme vous, maman, faut-il faire?

— Eh ! mes petits-enfants, pourquoi, Quand j'ai fait comme ma grand’ mère.

Ne feriez- vous pas comme moi?

Combien je regrette Mon bras si dodu.

Ma jambe bien faite.

Et le temps perdu!

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