L’ÉPÉE DE DAMOCLÈS
Air : i mirait rai. tu.
De Damoclès l'épée est bien connue ;
*En songe, à table, il m’a semblé la voir.
Sous cette épée et menaçante et nue Denvs l'ancien me forçait à m’asseoir, [bis.)
Je m'écriais : Que mon destin s'achève,
La coupe en main, au doux bruitdes concerts! {bit.} O vieux Denys ! je me ris de ton glaive’.
Je bois, je chante, et je siffle tes vers. (6ù.)
Servez, disais-je à messieurs de la bouche ; Versez, versez, messieurs du gobelet.
Malheur d’autrui n’est point ce qui te touche, Denys; sur moi fais donc vite un couplet.
Ton Apollon à nos larmes fait trêve;
Il nous égaie au sein d'affreux revers.
O vieux Denys ! je me ris de ton glaive.
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.
Puisqu’à rimer sans remords tu t'amuses.
De la patrie écoute un peu la voix :
Elle est, crois-moi, la première des Muses;
Mais rarement elle inspire les rois.
Du frêle arbuste où bout sa noble sève,
La moindre fleur parfume au loin les airs.
O vieux Denys ! je me ris de ton glaive,
* Denys l'ancien, tyran deSyracu e, était, comme on sait, tm ntétromane déterminé : Il envoyait en prison ceux qui ne trouvaient passe» vers bons. Nous avons eu aussi en France des roii qui se mêlaient d écrire et de faire des vers. Quant à l'histoire du festin de Damoclès, elle est trop connue pour qu’il soit b< soin de la rapporter ici. Celte chanson appartient au régne de Louis XVIII , qui , de même que Denys, avait la mani» d’écrire et a fait beaucoup de petits vers.
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.
Tu crois du Pinde avoir conquis la gloire, Quand ces lauriers, de ta foudre encor chauds. Vont à prix d'or te cacher à l'histoire,
Ou balayer la fange des cachots.
Mais, à ton nom Ciio qui se soulève.
Sur ton cercueil viendra peser nos fers.
O vieux Denys ! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.
Que du mépris la haine au moins me sauve !
Dit ce bon roi, qui rompt un G1 léger.
Le fer pesant tombe sur mon front chauve; J'entends ces mots: Denys sait se venger.
Me voilà mort ; et, poursuivant mon rêve,
La coupe en main , je répète aux enfers :
O vieux Denys! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.