‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 218 sur 323 · LA FUITE DE L’AMOUR · texte numérisé non relu

LA FUITE DE L’AMOUR

Je vois déjà se. déployer tes ailes,

Amour; adieu! mou bel Age est passé.

D’un air moqueur les GrAces infidèles Montrent du doigt mon réduit délaissé. 1 S'il fut des jours où j'ai maudit tes armes, Savais-je, hélas! que tu m’en punirais?

Ah ! plus, amour, tu nous causes de larmes,. Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

Je reposais du sommeil de l'enfance lorsqu’à ta voix mes yeux se sont ouverts ;. Dans la beauté j’adorai ta puissance.

Et vins m’offrir de moi-mème à tes fers. *

Si jeune encor j'ignorais tes alarmes,

Tes sombres feux, le poison de tes traits.

Ah ! plus, Amour, tu nous causes de larmes,

Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

Glacé par l'Age, il se peut que j oublie Tous les baisers que Rose me dounu,

Mais non les pleurs versés pour Eulalie,

Non les soupirs perdus près de Nina.

Pour bien aimer, l'une avait trop de charmes; Mes vœux pour l'autre ont dû rester secrets. Ah I plus, Amour, tu nous causes de larmes. Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

Fuis donc, Amour, ma couche solitaire ;

Fuis ! car déjà tu souris de pitié.

De mes ennuis pénétrant le mystère,

Les bras tendus, vers moi vient l'Amitié.

Pour l’éloigner fais luire encor tes armes ;

Ses soins sont doux, mais j'en abuserais ;

Car plus, Amour, tu nous causes de larmes, Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

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