‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 224 sur 323 · LA VERTU DE LISETTE · texte numérisé non relu

LA VERTU DE LISETTE

Air : Jt lîje au qnatriina étagi.

Quoi ! de la vertu de Lisette Vous plaisantez, dames de cour!

Lh bien! d accord : elle est grisette;

C est de la noblesse eu amour, (bis.)

Le barreau, l'église et les armes,

I)e ses yeux noirs font très-grand cas. Lise ne dit rien de vos charmes; j De sa vertu ne parlons pas. j bi‘‘

D avoir fait de riches conquêtes L’osez-vous bien railler encor,

Quand le peuple hébreu dans ses fêtes Vous voit adorer son vean d’or?

L empire a, pour plus d un service, Longtemps soudoyé vos appas.

Lise est mal avec la police ;

De sa vertu ne parlons pas.

Point de cendre si bien éteinte Qu elle n’y retrouve du feu; lin marquis dont la vie est sainte Veut à la cour la mettre en jeu.

Par elle illustrant son mérite,

Sur les ducs il aura le pas.

Lisette sera favorite ;

De sa vertu ne parlons pas.

Çà, mesdames les dénigrantes,

Si cet honneur vient la trouver,

Vous vous direz de ses parentes,

Vous ferez cercle à son lever.

Mais dût son triomphe et ses suites De joie enfler tous les rabats,

Se confessàt-clle aux jésuites,

De sa vertu ne parlons pas.

Croyez-moi, beautés monarchiques,'

Le mot vertu, dans vos caquets, Bessemble aux grands noms historiques Que devant vous crie, un laquais.

Les ééhasses de l'étiquette

Guindent bien haut des c<rurs bien bas :

De la cour Dieu. garde l.isette!

De sa vertu ne parlons pas.

LE VOYAGEUR

Ait : Plut en at de feus . plus oa rit (tans D reprise finale).

LE VIEILLARD

Voyageur, dont l'âge intéresse.

Quel chagrin flétrit tes beaux jours?

LF. VOYAGEUR.

Bon vieillard, plaignez ma jeunesse,

En butte aux orages des cours.

LF VIEILLARD.

Le sort est injuste sans doute,.

Mais n'est pas toujours rigoureux.

Dieu, qui m a placé sur ta route.

Dieu t'offre un ami (bis) ; sois heureux.

LE VOYAGEUR

Mes maux sont de tristes exemples Du pouvoir des dieux d ici-bas.

Bientôt le crime aura des temples;

Des palais il doit être las.

LE VIEILLARD

Prends mou bras, car un long voyage Endolorit tes pieds poudreux.

Comme toi j’errais à ton âge.

Dieu t'offre uu ami (bis) ; sois heureux.

LE VOYAGEUR

Quand j'invoquai dans la tempête Ce Dieu qu'on dit si consolant ,

Les poignards levés sur ma lète Portaient gravé son nom sanglant.

3js iyü\2fiiû‘js,î/'ü.

LE VIEILLARD

Te voici dans mon ermitage; Versons-nous d'un vin généreux.

Hélas ! mon fils aurait ton âge.

Dieu t’offre un ami (6«); sois heureux.

LE VOYAGEUR

Non, il n'est point d’Ètre suprême Qui seul peuple l’immensité,

Et eet univers n'est lui-même Qu'une grande inutilité.

LE VIEILLARD

Vois ma fille, à qui ta détresse Arrache un soupir douloureux;

Elle a consolé ma vieillesse.

Dieu t’offre un ami (6»j; sois heureux.

LE voyageur. *

Dans cette nuit profonde et triste Ce Dieu vient-il guider nos pas?

Eh ! qu'importe enfiu qu'il existe,

Si pour lui nous u'existons pas?

LE VIEILLARD

Voici ta couche et ta demeure :

Chasse tes rêves ténébreux.

Tiens-moi lieu du fils que je pleure.

Dieu t'offre un ami iôù) ; sois heureux.

L’étranger reste; il plaît, il aime,

Et de fleurs bientôt couronné,

Époux et père, il va lui-même Dire à plus d'un infortuné :

« Le sort est injuste sans doute,

Mais n’est pas toujours rigoureux.

Dieu qui m’a placé sur ta route.

Dieu t'offre un ami (bit) ; sois heureux. >

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