‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 225 sur 323 · OCTAVIE · texte numérisé non relu

OCTAVIE

ItttS.

tir du totem.

Viens parmi nous, qui brillons de jeunesse, Prendre un amant, mais couronné de fleurs ;

Viens sous l’ombrage, où, libre avec ivresse,

La Volupté seule a versé des pleurs.

Ainsi parlaient des enfants de l'empire A la beauté dont Tibère est charmé.

Quoi! disaient-ils, la colombe soupire Au nid sanglant du vautour affamé!

Belle Octavie, à tes fêtes splendides,

Dis-nous, la joie a-t-elle jamais lui ?

Ton char, trainé par six coursiers rapides, Laisse trop loin les amours après lui.

Sur un vieux maître, aux Romains qu’elle outrage, Tant d'opulence annonce ion crédit;

Mais sous la pourpre on sent ton esclavage ;

Et, tu le sais, l'esclavage enlaidit.

Marche aux accords des lyres parasites;

Que par les grands tes vœux soient épiés.

Déjà, dit-on, nos prêtres hypocrites Ont de leurs dieux mis l’encens a tes pieds.

Mais à la cour lis sur tous les visages,

Traîtres, flatteurs, meurtriers, vils faquins. D’impurs ruisseaux, gonflés par nos orages. Font déborder cet égout des Tarquins.

Tendre Octavie, ici rien n'effarouche Le dieu qui cède a qui mieux le ressent.

Ne livre plus les roses de ta bouche

Aux baisers morts d'uu fantôme impuissant.

Viens parmi nous, qui brillons de jeunesse, Prendre un amant, mais couronné de fleurs ; Viens sous l'ombrage, où, libre avec ivresse,

La Volupté seule a versé des pleurs.

Accours ici purifier tes charmes :

Les délateurs respectent nos loisirs.

Tous à leur prince ont prédit que nos armes Se rouilleraient à l’ombre des plaisirs.

Sur les coussins où la douleur l’enchaine,

Quel mal, dis- tu, vous fait ce roi des rois? Vois-le d’un masque enjoliver sa haine, •

Pour étouffer notre gloire et nos lois.

Vois ce coeur faux que cherchent tes .caresses, De tous les siens n'aimer que- ses a'ieux ;

Charger de fers les muses vengeresses,

Kl par scs mœurs nous révéler ses dieux.

Peins-nous ses leux, qu'en secret tu redoutes, Quand sur ton sein il cuve son nectar,

Ses feux infects dont s'indignent les voûtes Où plane encor l'aigle du graud César.

Ton sexe faible est oublieux des crimes ;

Mais dans ces murs ouverts à tant de peurs,

N entends-tu pas des ombres de victimes Mêler leurs cris à tes soupirs trompeurs?

Sur le tyran et sur toi le ciel gronde :

Avec les siens ne confonds plus tes jours.

Ah! trop souvent In liberté du monde A d'un long deuil affligé les Amours.

Viens parmi nous, qui brillons de jeunesse, Prendre un amant, mais couronné de fleurs, Viens sous l’ombrage, où, libre avec ivresse, La Volupté seule a versé des pleurs.

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