‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 230 sur 323 · CHANSON ADRESSÉE A MANCEL · texte numérisé non relu

CHANSON ADRESSÉE A MANCEL

Alt : Du loidit, ptt ou coup funeste .

D’anciens Gaulois, pauvfes esclaves,

Un soir qu’autour d'eux tout dormait, Levaient la dîme sur les caves DU maître qui les opprimait.

Leur gaité s'éveille :

« Ah ! dit l'uu d'eux, nous faisons des jaloux. « L’esclave est roi quand le maître sommeille. «Enivrons-nous! (4 fois.)

« Amis, ce vin par notre maitre

• Fut confisqué sur des Gaulois

■ Bannis du sol qui les vit naître

• Le jour même où mouraient nos lois.

• Sur nos fers qu'il rouille,

• Le Temps écrit l'Age d'un vin si doux.

« Des malheureux partageons la dépouille.

« Enivrons-nous !

■ Savez-vous où gît l'humble pierre

« Des guerriers morts de notre temps ?

• Là plus d'épouses en prière ;

« Là plus de fleurs, même au priutemps.

■ La lyre attendrie

« Ne redit plus leurs noms effacés tous.

• Nargue du sot qui meurt pour la patrie !

* Enivrons-nous!

« La liberté conspire encore « Avec des restes de vertu.

« Elle nous dit : Voici l'aurore ;

• Peuple, toujours dormiras-tu ?

■ Déité qu'on vante,

« Recrute ailleurs des martyrs et des fous.

• L’or te corrompt, la gloire t'épouvante.

« Enivrons-nous!

• Oui, toute espérance est bannie ;

• Ne comptons plus les maux soufferts.

• Le marteau de la tyrannie

• Sur les autels rive nos fers.

« Au monde en tutelle,

* Dieux tout puissants, quel exemple offrez-vous î

* Au char des rois un prêtre vous attelle.

« Enivrons-nous '

• Rions des dieux, sifflons les sages,

• Flattons nos maîtres absolus.

■ Donnons-leur nos fils pour étages :

« On vit de honte, on n'en meurt plus.

« Le plaisir nous venge ;

« Sur nous du Sort il fait glisser les coups.

« Traînons gaiment nos chaînes dans la fange.

« Enivrons-nous ! •

Le maître entend leurs chants d'ivresse-.

Il crie à des valets : ■ Courez !

■ Qu’un fouet dissipe l’allégresse

• De ces Gaulois dégénérés. ■

Du tyran qui gronde Prêts à subir la sentence à genoux,

Pauvres Gaulois, sous qui trembla le monde, Enivrons-nous !

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