‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 231 sur 323 · TREIZE A TABLE · texte numérisé non relu

TREIZE A TABLE

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Dieu ! mes amis, nous sommes treize à table.

Et devant moi le sel est répandu.

Nombre fatal ! présage épouvantable !

La mort accourt ; je frissonne éperdu, (fer.) Elle apparaît, esprit, fée ou déesse ;

Mais, belle et jeune, elle sourit d'abord, (bis.)

De vos chansons ranimez l'allégresse;

Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

Bien qn'elle semble invitée à la fête,

Quelle ait aussi sa couronne de fleurs,

Seul je la vois, seul je vois sur sa tête D'un arc-en-ciel resplendir les couleurs.

Elle me montre une chaine brisée,

Et sur son sein un enfant qui s'endort.

Calmez la soif de ma coupe épuisée ;

Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

• Vois, me dit-elle; est-ce moi qu'il faut craindre?

■ Fille du ciel, l'Espérance est ma sœur.

• Dis-moi, l’esclave a-t-il droit de se plaindre

■ De qui l'arrache aux fers d’un oppresseur?

■ Auge déchu, je te rendrai les ailes

• Dont ici-bas te dépouilla le Sort. »

Enivrons-nous des baisers de nos belles;

Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

• Je reviendrai, poursuit-elle, et ton âme « Ira franchir tous ces mondes flottants,

« Tout cet azur, tous ces globes de flamme

• Que Dieu sema sur la route du Temps.

■ Mais tant qu’au joug elle rampe asservie,

• Goûte sans crainte un bonheur sans remord. » Que le plaisir use en paix notre vie ;

Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

Ma vision passe et fuit tout entière Aux cris d uu chien hurlant sur notre seuil.

Ah ! l’homme en vain se rejette en arrière. Lorsque son pied sent le froid du cercueil.

Gais passagers, au flot inévitable Livrons l'esquif qui doit conduire au port.

Si Dieu nous compte, ah! restons treize à table; Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

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