‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 26 sur 323 · DEO GRATIAS D’UN ÉPICURIEN · texte numérisé non relu

DEO GRATIAS D’UN ÉPICURIEN

Air : Tout le long de 11 liiièrt

Dans ce siècle d'impiété,

L'on rit du Bénédicité !

Faut-il qu’à peine il m’en souvienne?

Mais que pour l'appétit revienne,

Je dis mes grâces lorsqu'enfin Je u'ai plus soif, je n’ai plus faim :

Toujours l'espoir suit le plaisir qui passe.

Que vous êtes bon , mon Dieu ! je vous rends grâce , O mon Dieu ! mon Dieu ! je vous rends grâce.

Mon voisin, faible du cerveau,

Ne boit jamais son vin sans eau ;

Rien qu'à voir mousser le champagne,

Déjà la migraine le gagne ;

Tandis que pur, et coup sur coup,

Pour ma santé je bois beaucoup.

Vous savez seul comment tout cela passe.

Que vous ôtes bon, mon Dieu ! je vous rends grâce, O mon Dieu ! mon Dieu! je vous rends grâce.

De soupçons jaloux assiégé,

Dorval n'a ni bu ni mangé.

Cet époux sans philosophie Par bonheur de nous se défie,

Et tient sa femme, aux yeux si doux,

Sous triple porte à deux verroux :

Par la fenêtre il fait tout pour qu’on passe.

Que vous êtes bon, mon Dieu ! je vous rends grâce, O mon Dieu ! mon Dieu! je vous rends grâce.

Certain soir, monsieur célébra Une déesse d’Opéra.

Pour prix d'un grain d’encens profane,

Vite au régime on le condamne ;

Sans accident, moi j'ai fêté Huit danseuses de la Gaité.

l’our uu miracle on veut que cela passe.

Que vous êtes bon, mou Dieu ! je vous rends grâce, O mon Dieu ! mou Dieu ! je vous rends grâce.

Mais quel convive, assis là-bas,

N'ose rire et ne chante pas?

Chut ! me dit-on, c’est un vrai sage.

Qui dans les cours a fait naufrage.

Quoi ! chez nous cet homme rêveur Des rois regrette la faveur !

Plus sage, moi, je sais comme on s’en passe.

Que vous êtes bon, mon Dieu ! je vous rends grâce, O mon Dieu! mon Dieu! je vous rends grâce.

A table trouvant tout au mieux,

Je crois qu’un ordre exprès des cieux Tient en haleine la sagesse,

Des fous ménage la faiblesse,

Et fait de leur vie un repas Dont le dessert ne finit pas.

Oui, c'est ainsi que jeunesse se passe.

Que vous êtes bon, mon Dieu ! je vous rends grâce. O mon Dieu ! mon Dieu! je vous rends grâce.

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