‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 27 sur 323 · MADAME GRÉGOIRE · texte numérisé non relu

MADAME GRÉGOIRE

Air . C’«t I? ps Ttanàs

C’était de mon temps Que brillait madame Grégoire.

J’allais à vingt ans Dans son cabaret rire et boire;

Elle attirait les gens Par des airs engageants.

Plus d'un brun à large poitrine Avait là crédit sur la mine.

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !

D’un certain époux Bien qu'elle pleurât la mémoire, Personne de nous N'avait connu défunt Grégoire ;

Mais à le remplacer Qui n’eût voulu penser?

Heureux l'écot où la commère Apportait sa pinte et son verre !

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !

Je crois voir encor Son gros rire aller jusqu'aux larmes.

Et sous sa croix d'or L'ampleur de ses pudiques charmes.

Sur tous ses agréments Consulter ses amants ;

Au comptoir la sensible brune Leur rendait deux pièces pour une.

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !

Des buveurs grivois Les femmes lui cherchaient querelle.

Que j’ai vu de fois Des galants se battre pour elle !

La garde et les amours Se chamaillant toujours,

Elle, en femme des plus capables, Dans son lit cachait les coupables.

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !

Quand ce fut mon tour D'être en tout le maître chez elle,

C’était chaque jour Pour mes amis fête nouvelle.

Je ne suis point jaloux :

Nous nous arrangions tous.

L'hôtesse, poussant à la vente,

Nous livrait jusqu'à la servante.

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret!

Tout est bien changé :

N’ayant plus rien à mettre en perce,

Elle a pris congé Et des plaisirs et du commerce.

Que je regrette, hélas !

Sa cave et ses appas !

Longtemps encor chaque pratique S'écrira devant sa boutique :

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !

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