‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 262 sur 323 · LES BOHEMIENS · texte numérisé non relu

LES BOHEMIENS

Air : Mm pir’ ni dcaoé on mari.

Sorciers, bateleurs ou filous,

Reste immonde D'un ancien monde ;

Sorciers, bateleurs ou filous,

Gais Bohémiens, d’où venez- vous?

D'où nous venons? l'on n’en sait rien.

L'hirondelle D'où vient-elle?

D’où nous venons? l'on n'en sait rien.

Où nous irons, le sait-on bien?

Sans pays , sans prince et sans lois ,

Notre vie Doit faire envie ;

Sans pays, sans prince et sans lois , L'homme est heureux un jour sur trois.

Tous indépendants nous naissons ,

Sans église Qui nous baptise ;

Tous indépendants nous naissons Au bruit du fifre et des chansons.

Nos premiers pas sont dégagés ,

Dans ce monde Où l’erreur abonde ;

Nos premiers pas sont dégagés Du vieux maillot des préjugés.

Au peuple, en butte à nos larcins,

Tout grimoire En peut faire accroire ;

Au peuple, en butte à nos larcins,

Il faut des sorciers et des saints.

Trouvons-nous Plutus en chemin ,

Notre bande Gaiment demande; Trouvons-nous Plutus en chemin,

En chantant nous tendons la main .

Pauvres oiseaux que Dieu bénit,

De la ville Qu'on nous exile ;

Pauvres oiseaux que Dieu bénit ,

Au fond des bois pend notre nid.

A tâtons l’Amour, chaque nuit ,

• Nous attèle Tous pêle-mêle;

A tâtops l'Amour, chaque nuit,

Nous attèle au char qu’il conduit.

Ton œil ne peut se détacher,

Philosophe De mince étoffe;

Ton œil ne peut se détacher Du vieux coq de ton vieux clocher.

Voir c'èst avoir., A lions courir!

Vie errante Est chose enivrante.

Voir c’est avoir. Allons courir !

Car tout voir c'est tout conquérir.

Mais à l'homme on crie en tout lieu, Qu'il s’agite Ou croupisse au gîte;

Mais à l'homme on crie en tout lieu :

« Tu nais, bonjour; tu meurs, adieu. ••

Quand nous mourons, vieux ou bambin.

Homme ou femme,

A Dieu soit notre âmel Quand nous mourons, vieux ou bambin.

On vend le corps au carabin.

Nous n’avons donc, exempts d'orgueil , De lois vaincs ,

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De lourdes chaînes;

Nous n'avons donc, exempts d'orgueil , Ni berceau, ni toit, ni cercueil.

Mais croyez-en notre gatté ,

Noble ou prêtre ,

Valet ou maître;

Mais crovez-en notre gaîté,

Le bonheur c'est la liberté.

Oui, croyez-en en notre gaîté,

Noble ou prêtre,

Valet ou maître;

Oui, croyez-en notre gaîté,

Le bonheur c'est la liberté.

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