‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 263 sur 323 · LES SOUVENIRS DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LES SOUVENIRS DU PEUPLE

Lr : Passa ni' chenil . beau sir*.

On parlera de sa gloire Sous le chaume bieu longtemps.

L'humble toit, dans cinquante ans.

Ne connaîtra pas d'autre histoire.

Là viendront les villageois Dire alors à quelque vieille:

Par des récits d'autrefois,

Mère, abrégez notre veille.

Bien, dit-on, qu’il nous ait nui,

Le peuple encor le révère,

Oui, le révère.

Parlez-nous de lui, grand'mèrc; Parlez-nous de lui. {bit.)

Mes enfants, dans ce village,

Suivi de rois, il passa.

Voilà bien longtemps de ça :

Je venais d’entrer en ménage.

A pied grimpant le coteau Où pour voir je m'étais mise,

Il avait petit chapeau Avec redingote grise.

Près de lui je me troublai ;

R me dit : Bonjour, ma chère,

Bonjour, ma obère.

— Ii vous a parle, graud’nière !

.. U vous a parlé !

L’an d’après, mol, pauvre femme,

A Paris étant un jour,

- Je le vis avec sa cour :

Il se rendait à Notre-Dame.

Tous les cœurs étaient contents ;

Qn admirait son cortège.

Chacun disait : Quel beau temps !

Le ciel toujours le protège.

Son sourire était bien doux-;

D'un fils Dieu le rendait père,

Le rendait père.

—Quel beau jour pour vous, grand'mè Quel beau jour pour vous !

Mais, quand la pauvre Champagne, Fut en proie aux étrangers,

Lui, bravant tous les dangers,

Semblait seul tenir la campagne.

Un soir, tout comme aujourd'hui,.

J’entends frapper à la porte ;

J’ouvre, bon Dieu r c'était lui Suivi d'une faible escorte.

Il s'asseoit où me voilà,

S’écriant : Oh ! quelle guerre f Oh ! quelle guerre !

— Il s'est assis là, graud’mère !'

Il s'est assis là !

J'ai faim, dit-il; et bien vite Je sers piquette et pain bis ;

Puis il sèche ses habits.

Même à dormir le feu l'invite.

Au réveil, voyant mes pleurs,

U me dit : Bonne espérance !

Je cours de tous ses malheurs,

Sous Paris, venger la France.

Il part ; et comme un trésor J'ai depuis gardé son verre,

Gardé son verre.

— Vous l'avez encor, grand’mère !

Vous l’avez encor !

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Le voici. Mais à sa perte Le héros fut eutrainé.

Lui, qu'un pape a couronné £st mort dans une ile déserte Longtemps aucun ne l'a cru ;

On disait : 11 va paraître.

Par mer il est accouru ;

L étranger va voir sou maître.

Quand d'erreur on nous tira.

Ma douleur fut bien amère !

Fut bien amère!

— Dieu vous bénira, grand'mère ;

Dieu vous bénira.

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