‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 265 sur 323 · L’ANGE GARDIEN · texte numérisé non relu

L’ANGE GARDIEN

Aü : Jadis es calabre eupsacr.

A l'hospice un gueux tout perclus Voit apparaître son bon ange :

Calment il lui dit : Ne faut plus Que votre altesse se dérange.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Sur la paille, né dans un coin,

Suis-je enfant du Dieu qu'on nous prêche? Oui, dit lange ; aussi j'eus graud soin Que ta paille fût toujours fraîche.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Jeune et vivant à l'abandon,

L'aumùnc fut mon patrimoine.

Oui, dit l ange, et je te fis don Des trois besaces d'un vieux moine.

Tout compté, je ne vous dois rien :

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Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Soldat bientôt, courant au feu,

Je perdis une jambe en route.

Oui, dit l’ange ; mais avant peu Cette jambe aurait eu la goutte.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Pour mes jours gras, du vin fraudé Mit le juge après mes guenilles.

Oui, dit l’ange ; mais je plaidai :

Tu ne fus qu'un an sous les grilles.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Chez Vénus j’entre en maraudeur ; C’est tout fruit vert que j’en rapporte. Oui, dit l’ange ; mais, par pudeur,

Là je te quittais à la porte.

Tout compté, je ne vous dois rien:

Bou ange, adieu ; portez-vous bien.

D'un laidron je deviens l’époux,

L’riant qu'il ne soit que volage.

Oui, dit l’ange ; mais nul de nous Ne se mêle de mariage.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon auge, adieu ; portez-vous bien.

Vieillard, affranchi de regrets,

Au terme heureux enfin atteins-je?

Oui, dit l’ange, et je tiens tout prêts De l’huile, un prêtre et du vieux linge. Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

De l’enfer serai-je habitant,

Ou droit au ciel veut-on que j’aille ? Oui, dit l’ange ; ou bien non, pourtant. Crois-moi, tire à la courte- paille.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Ce pauvre diable ainsi parlant Mettait en gaité tout l'hospice.

Il éternue, et, s'envolant,

L'ange lui dit : Dieu te bénisse ! • Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

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