‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 266 sur 323 · LA MOUCHE · texte numérisé non relu

LA MOUCHE

Ait : Jt loge te qottriiai étage.

Au bruit de notre gaîté folle,

Au bruit des verres, des chansons,

Quelle mouche murmure et vole, ït revient quand nous la chassons, [bit.) C’est quelque dieu, je le soupçonne, Qu'un peu de bonheur rend jaloux.

Ne souffrons point quelle bourdonne, Qu'elle bourdonne autour de nous.

Transformée en mouche hideuse,

Amis, oui, c’est, j'en suis certain,

La Raison, déité grondeuse, , •Qu’irrite un si joyeux festin.

L’orage approche, le ciel tonne ;

Voilà ce que dit son courroux.

Ne souffrons point qu’elle bourdonne, Quelle bourdonne autour de nous.

C’est la Raison qui vient me dire :

• A ton âge on vit en reclus.

• Ne bois plus tant, cesse de rire,

« Cesse d’aimer, ne chante plus. •

Ainsi sou beffroi toujours sonne Aux lueurs des feux les plus doux.

Ne souffrons point qu’elle bourdonne.

Qu’elle bourdonne autour de nous.

C’est la Raison ; gare à Lisette !

Son dard la menace toujours.

Dieux ! il perce la collerette :

Le sang coule ! accourez, Amours !

Amours, poursuivez la félonne ;

Qu elle expire enfin sous vos coups.

Ne souffrons point qu elle bourdonne, Quelle bourdonne autour de nous.

Victoire ! amis, elle se noie Dans l'aï que Lise a versé.

Victoire ! et qu'aux mains de la Joie Le sceptre enfin soit replacé.

Un souffle ébranle sa couronne ;

Une mouche nous troublait tous.

Ne craignons plus quelle bourdonne. Qu'elle bourdonne autour de nous.

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