‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 278 sur 323 · LES DIX MILLE FRANCS · texte numérisé non relu

LES DIX MILLE FRANCS

lir : Tra imm-li. lie.; tu ïiolmlli il tarait.

Dix mille francs, dix mille francs d'amende"! Dieu ! quel loyer pour neuf mois de prison!

Le pain est cher et la misère est grande,

Et pour longtemps je dine à la maison.

Cher président, n'en peut-on rien rabattre?

• Non ! non ! jeûnez et vous et vos parents.

« Pourfaitd'outrageauxenfantsd'Henr-Quatre”.

« De par le Roi, payez dix mille francs. »

Je paierai donc; mais, las ! que va-t-on faire De cet argent que si bien j'emploierais ?

D'un substitut sera-t-il le salaire? * •*

* Le 10 décembre 1818, je fus condamné i neuf mois de prison et à jo.ono francs d'amende.

•* Je fus condamné pour outrage à ia peronne du roi et à ’a fam’llc royale.

D'un conseiller paiera-t-il les arrêts?

Déjà s'avance une main longue et sale :

C’est la police et ses comptes courants.

Quand sur ma muse on venge la morale*.

Pour les mouchards comptons deux mille francs.

Moi-même ainsi partageant ma dépouille,

Sur mon budget portons les affamés.

Au pied du trône une harpe se rouille :

Bardes du sacre, êtes-vous enrhumés**?

Chantez, messieurs, faites pondre la poule; Envahissez croix, titres, biens et rangs.

Dùt-on encor briser la sainte Ampoule;

Pour les flatteurs comptons deux mille francs.

Que de géants là-bas je vois paraître *** * •••*• !

Vieux ou nouveaux, tous nobles à cordons.

Fiers de servir, ils font au gré du maitre Signes de croix, saluts ou rigodons.

A tout gâteau leur main fait large entaille :

Car ils sont grands, même infiniment grands.

Ils nous feront une France à leur taille.

Pour ces laquais comptons trois mille francs.

Je vois briller chapes, mitres et crosses, Chapeaux pourprés, vases d'argent et d’or; Couvents, hôtels, valets, blasons, carrosses.

Ah ! saint Ignace a pillé le trésor.

De mes refrains l’un des siens qui le venge. Promet mon Ame aux gouffres dévorants* **. Déjà le diable a plumé mon bon ange *’***,

Pour le clergé comptons trois mille francs.

Vérifions, la somme eu vaut la peiue :

* Je fu* aussi condamné pour atteinte à la morale publique.

*• La chanaon du sacre de Charles-le-Simpie fut la cause première de ma condamnation.

La sainte Ampoule, brisée en «S, sur la place publique de Reims, fut reiiouvée miraculeusement pour le sacre de Chartes X. Je ne suis qui a eu l'honneur de cette invention.

••• Allusion a la chanson des Infiniment petits , seconde cause de ma condamnation.

Un prèdlraleur, dans une des principales églises de Part*, fil une sortie contre moi, après ma condamnation, et dit que la peine qu’on m’infligeait ici-bas n 'était rien auprès de celle qui m’atiendiit en enfer.

•••*• L'Ange gardien , prétexte de ma condamnation pour atteinte à la morale publique : on ne voulut pas ne faire porter le jugement que sur des chansons politiques, et on n’osa pas incriminer les chansons contre 'es jésuites : il fallut bon gré mal gré que Y Ange gardien pajâl pour toute».

üis un a» aam&satf.

Deux et deux quatre ; et trois, sept ; et trois, dix. C'estbien leur compte. Ah ! du moins La Fontaine, Sans rien payer, fut exilé jadis'.

Le fier Louis eût biffé la sentence

Qui m’appauvrit pour quelques vers trop francs.

Monsieur Loyal, délivrez-moi quittance";

Vive le Koi ! voilà dix mille francs'".

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