‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 289 sur 323 · OC LA FEMME OU BRACONNIER · texte numérisé non relu

OC LA FEMME OU BRACONNIER

Air : Sttf il Sîtii sur lu fo:;tn

Un enfant dort à sa mamelle ;

Elle en porte un autre à son dos.

L'aîné, qu'elle traîne après elle,

Gèle pieds nus dans ses sabots.

Hélas! des gardes qu’il courrouce,

Au loin, le père est prisonnier.

• François Quénescouri, né à Përonnr, ou j'ai passé six ans de ma jeunesse, est mort à Nanterre, prés de Paris. J'ai reçu de lui les preuves de l'amitié la plus tendre et la plus eopa^a nie.. Celte chanson n'exprime qu'imparfaitement tous tes services que cet ami m'a rendus. Voici l'épitaphe que je lui ai composée ; qui n'a pas connu cet homme d un extérieur «I simple, d’un ton si modeste, mais dont l'esprit était si éieve, le cœur si pari >it, ne peut apprécier le peu qu'il y a de mérite dans ces quatre ver» où j'ai tâché de le peindre :

Voit» qoi, le rencontrant, n'»vn pas reconnu Qu ‘«Ml espiit cuiller, qu'une Sine tendre et Gère Biillaicni >ous l'humble babit de cet bouture ingénu; dalues-ls sous celle pierre.

Dieu, veillez sur Jeanne-la-Rousse;

On a surpris le braconnier.

Je l’ai vue heureuse et parée ;

Elle cousait, chantait, lisait.

Du magister fille adorée,

Par son bon cœur elle plaisait.

J'ai pressé sa main blanche et douce,

En dansant sous le marronnier.

Dieu, veillez sur Jeanne-la-Rousse;

On a surpris le braconnier.

Un fermier riche et de son âge,

Quelle espérait voir son époux,

La quitta, parce qu'au village On riait de ses cheveux roux.

Puis deux, puis trois; chacun repousse Jeanne qui n'a pas un denier.

Dieu, veillez sur Jeanne-la-Rousse ;

On a surpris le braconnier.

Mais un vaurien dit : « Rousse ou blonde, • Moi, pour femme je te choisis.

« En vain les gardes font la ronde ;

« J'ai bon repaire et trois fusils.

» Faut-il bénir mon lit de mousse :

» Du château payons l'aumônier. •

Dieu, veillez sur Jeanne-la-Rousse ;

On a surpris le braconnier.

Donx besoin d'étre épouse et mère Fit céder Jeanne qui, trois fois,

Depuis, daus une joie amère,

Accoucha seule au fond des bois.

Pauvres enfants! chacun d’eux pousse Frais comme un bouton printanier.

Dieu, veillez sur Jeanne-la-Rousse ;

On a surpris le braconnier.

Quel miracle un bon cœur opère !

Jeanne, fidèle à ses devoirs,

Sourit encor ; car de leur père Ses fils auront les cheveux noirs.

Elle sourit ; car sa voix douce Rend l'espoir à son prisonnier.

Dieu, veillez sur Jeanne-la-Rousse;

On a surpris le braconnier.

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