‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 290 sur 323 · LES RELIQUES · texte numérisé non relu

LES RELIQUES

Air : tou - (ou la peins d'atucdre

D’un saint de paroisse en crédit,

Seul un soir je baisais la châsse.

Vient un bon vieillard qui me dit :

Veux-tu qu'il parle ? Oh ! oui, de grâce. Oui, dis-je, et me voilà béant;

Voilà qu'il fait des croix magiques;

Voilà le saint sur son séant,

Qui dit d'un ton de mécréant :

• Dévots, baisez donc mes reliques ;

• Baisez, baisez donc mes reliques. »

U rit, ce squelette incivil,

U rit à s'en tenir les côtes.

« Depuis huit siècles, poursuit-il,

« Je grille en enfer pour mes fautes;

• Hais un prêtre au nez bourgeonné,

• Pour mieux dlmer sur ses pratiques,

« Par un tour bien imaginé,

• Fit un saint des os d'un damné.

- Dévots, baisez donc mes reliques ;

• Baisez, baisez donc mes reliques.

« De mon temps je fus bateleur,

• Ribaud, filou, témoin à gage.

« Puis en grand m'étant fait voleur,

• J'eus d'un baron mœurs et langage.

• De leurs châsses, dans mes larcins,

• J’ai dépouillé des basiliques.

• Au feu j'ai jeté de bons saints.

« Du ciel admirez les desseins.

• Dévots, baisez donc mes reliques ;

• Baisez, baisez donc mes reliques.

• Baisez sous ce dais de velours,

« La sainte qu'on priera dimanche.

« Cest une Juive, mes amours,

• Dont l'œil fut noir et la peau blanche.

• Grâce à ses charmes réprouvés,

• Dix prélats sont morts hérétiques ,

« Vingt moines sont morts énervés.

■ Trouvez mieux si vous le pouvez.

« Dévots, baisez donc ses reliques;

• Baisez, baisez donc ses reliques.

• Près d'elle est un vieux crâne étroit ;

« Baisez ce saint d’une autre espèce.

« Jadis de larron maladroit,

• 11 devint bourreau plein d'adresse.

• Nos rois, pour se bien divertir, - « L'occupaient aux fêtes publiques.

• Hélas ! je lui dois, sans mentir,

■ L’honneur de passer pour martyr.

« Dévots, baisez donc ses reliques;

■ Baisez, baisez donc ses reliques.

• Sous les noms de pieux patrons,

• Ainsi nos corps, mis en spectacle,

• Font pleuvoir l'argent dans les troncs ;

• C’est IA notre plus grand miracle.

« Mais du diable j'entends le cor,

» Bonsoir, messieurs les catholiques. •

Il se recouche, et vole encor Sur l'autel un crucifix d'or.

Dévots, baisez donc des reliques !

Baisez, baisez donc des reliques !

Page 1