‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 295 sur 323 · COLIBRI · texte numérisé non relu

COLIBRI

Air : Garde 1 rai! (di la fiinsé*).

Mes amis,

J’ai soumis

L'enfer à ma puissance.

De son obéissance J'ai pour gage certain lin lutin, (bis.)

Sous forme d'oiseau-moucbe A mon chevet il coucbe.

Lutin doux et chéri ,

Baisez-moi, Colibri,

Colibri ! (ter.)

S'éveillant,

Babillant ,

Au jour qui naît et brille,

Son petit corps scintille D'émeraude et d'azur Et d’or pur.

Fleur qui cherche sa tige,

Le voilà qui voltige :

L’Aurore en a souri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri 1

Je le vois,

A ma voix,

Voler vers qui m’implore.

Ses ailes font éclore Richesse, honneurs, amours Et beaux jours.

Quelque soif qui m'embrase.

11 peut remplir le vase Que ma bouche a tari.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri !

Je puis voir Son pouvoir

Franchir l'espace et l'onde;

Du Pérou, de Golconde M’apporter dans nos ports 1-es trésors.

Mais, non ; point d'opulence.

Quand un peuple en silence Souffre, et meurt sans abri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri 1

Je puis voir Son pouvoir

Me donner des couronnes,

Des palais à colonnes,

Des gardes et l'amour D'une cour.

Mais, non; j'en sais l'histoire :

Le monde, à tant de gloire,

De douleur pousse un cri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri !

Demandons,

Pour seuls dons,

Simple toit, portes closes ;

Des chants, du vin, des roses, Et la paix d'un reclus,

Rien de plus.

Mon paradis s'arrange.

Dieux ! et l'oiseau se change En piquante houri, Baisez-moi, Colibri ,

Colibri !

<§ 4 If» §>

^îinniiaaiumramnjjminwmunnuuimimïiHan» ÉMILE DEBRAUX

caiKion-nosncTUS Bon» lu mut»,» b, c« ciiamobiiiu.

Ait : Dji-m. «slaal. 6noi . l'tl Miiïisis-tu?

Le pauvre Émile a passé comme une ombre, Ombre joyeuse et chère aux bons vivants.

Ses gais refrains vous égalent en nombre,

Fleurs d'acacia qu'éparpillent les vents. Debraux, dix ans, régna sur la goguette,

Mit 1 orgue en train et le chœur des faubourgs. Et roulant, roi, de guinguette en guinguette,

Du pauvre peuple il chanta les amours.

Toujours enfant , gai jusqu'à faire envie,

En étourdi vers le plaisir poussé;

Pouffant de rire à voir couler sa vie Comme le vin d’un tonneau défoncé ;

Sifflant le sot sous les croix qu’il découvre,

Ou sur son char le grand mal affermi;

Sans s’informer par où l’on monte au Louvre, Du pauvre peuple il est resté l'ami.

Mais, dites-vous, il avait donc des rentes!

Eh! non, messieurs; il logeait au grenier.

Le temps, au bruit des fêtes enivrantes ,

* Émile Debraux eil mort au commencement de 1831, a l’âge de trentetrois ans. Peu de chansonnier» ont pu se vanter d’une popularité gîte à la sienne, qui, certes, était bien méritée. Les chansons de la Colonne; Soldat t'en souviens-tu? Fonfan la Tulipe; Mon petit Nimile , etc., ont eu un succès prodigieux , non seulement dans les guinguettes et le* ateliers, mais aussi dans les salons liberaux.

LcxUtence de Debraux n'en resta pas moins obscure : il ne savait ni se f.tlre valoir, ni solliciter. Pendant la Restauration, lise laissa poursuivn-, ju:er, condamner, emprisonner, sans se plaindre; et Je ne sais si une seule fruillc publique lui adressa deux mots de consolation. Souvent il fut réduit à faire des copies et à barbouiller des rôle» pour nourrir sa femme et ses trois enfants.

Les sociétés chantantes, dites Goguettes , le recherchèrent toulrs . et je orol* qu’il n’en négligea aucune. Si, dans ces réunions, Debraux se laissa aller à son penchant pour la vie Insouciante et joyeuse, il faut dire que par des soins utiles elles adoucirent scs derniers moments, rendus si pénibles par une maladie lente et douloureuse.

Sa pauvre famille n’a obtenu que d’incertains cl faibles secours dans la répartition faite par le Comité des récompenses nationale*, l'ourlant les chansons de Debraux, en contribuant a exalter le patriotisme du peuple, ont concouru au triomphe de Juillet, qu'a ion lit de mort il a salué d’une voix défaillante.

Râpait, râpait l'habit du chansonnier.

Venait l'hiver: le bois manquait à làtre ;

La vitre au nord étincelait de fleurs;

Il grelottait, mais sa muse folâtre,

Du pauvre peuple allait sécher les pleurs.

De l’œil des rois on a compté les larmes;

Les yeux du peuple en ont trop pour cela : La France alors pleurait l'éclat des armes Et les grandeurs dont le cours l'ébranla.

Ta voix, Émile, évoquant noire histoire,

Du cabaret ennoblit les échos;

C'était l'asile où se cachait la gloire :

Le pauvre peuple aime tant les héros!

Bien jeune, hélas! il descend dans la fosse. Je l'ai conduit où vieux j'irai demain. Chantant au loin, des buveurs à voix fausse Aux noirs pensers m'arrachaient en chemin. C'étaient ses chants que disait leur ivresse, Chants que leurs fils sauront bien rajeunir. De son passage est-il un roi qui laisse Au pauvre peuple un si doux souvenir?

De sa famille allégez l'indigence ;

Riches et grands, achetez ce recueil.

A tant d'esprit passez la négligence : .

Ah ! du talent le besoin est l'écueil.

Ne soyez point ingrats pour nos musettes ; Songez aux maux que nous adoucissons.

Pour s'en tenir au lot que vous lui faites,

Le pauvre peuple a besoin de chansons.

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