JUILLET 1S3I
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Quoi ! vous fuyez, vous, les vainqueurs du mondel Devant Leipzig le sort s'est-il mépris?
Quoi! vous fuyez! et ce fleuve qui gronde,
• Joseph Poniatowski , neveu du dernier roi de Pologne, né en 1766, servit glorieusement dans les armées françaises depuis 1806 jusqu’à 1843. Après la bataille de Leipzig, Napoléon l'éleva au grade de maréchal d'empire, et lui donna le commandement d'un corps de Polonais et de Français, à la Ifitcduquel il fit des prodiges de valeur. Le 18 octobre, les ponts de l'Elster ayant été détruits pour couvrir notre retraite, Poniatowski, resté à l’arrière-garde et pressé de toutes parts par les troupes ennemies , rejette les propositions que leurs généraux lui font faire. Dangereusement blessé, il s'écrie: Dieu m'a confié l’ honneur des Polonais, je ne le remettrai qu’à Dieu. Il tente de s'ouvrir un passages travers le fleuve; mais, épuisé de sang, et entraîné par les flots, il disparait englouti. Ce n'est
D’un pont qui saute emporte les débris!
Soldats, chevaux, pêle-mêle, et les armes.
Tout tombe là, l'Elster roule entravé.
11 roule sourd aux vœux, aux cris, aux larmes :
• Rien qu'une main, tàù) Français, je suis sauvé! »
« Rien qu'une main ! malheur à qui l'implore !
■ Passons, passons. S'arrêter! et pour qui? » Pour un héros que le fleuve dévore !
Blessé trois fois, c'est Poniatowski.
Qu'importe ! on fuit. La frayeur rend barbare. À pas uu cœur son «ri n'est arrivé.
De son coursier le torrent le sépare :
« Rien qu'une main, Français, je suis sauvé ! •
Il va périr ; non ; il lutte, il surnage ;
U se rattache aux longs crins du coursier.
« Mourir noyé! dit-il, lorsqu'au rivage « J'entends le feu, je vois luire l'acier!
« Frères, à moi ! vous vantiez ma vaillance ;
- Je vous chéris ; mon sang l'a bien prouvé.
• Ah ! qu'il m'en reste a verser pour la France ! « Rien qu'une main, Français, je suis sauvé! »
que quelques Jours après que son corps fut trouvé sur les bords de l'Elster.
Cette chanson, celles de Hâtons-nous du 14 juillet 1849, et A mes amis devenus ministres, furent publiées en 1831, au profit du Comité polonais. Elles étaient précédées d'une dédicace au général Lafayette , président de ce Comité, et premier grenadier de la garde nationale de Varsovie. Dans la dédicace, trop longue pour éire rapportée ici, se trouvaient deux couplets qu'on me saura gré peut-être de donner, parce qu'ils sont un hommage au héros des deux mondes :
Sa vie entière est comme un docte ouvrage.
Par lu vertu transcrit, conçu, dicte.
La gloire y brille: i chaque jour sa page.
Point d ‘errera ; tout pour la liberté.
De liien longtemps qu’à nos plrurs Dieu ne livre.
Si plein qu'il soit, la chapitre dernier.
Kl qu'un seul mot constate en ce beau livre *
Que le graud homme aiica le chansonnier.
Comme il s’agissait de solliciter des secours d'argent pour la Pologne, j’ajoutai», sur l'air de la Sainte-Alliance des peuples :
Le Bolonais de ton schako civique Ceiut votre frout, c* front que tant de fois OlmuU, Paris, l'Europe rl l'Amérique Ont vu ai calme intimider les rois.
Lorsque je chante honneur, gloire, souffrance.
Si dans les cerurs ma voit trouve un écho,
Pour recueillir l'obole de la France,
Tendez votre »< U.1K0.
Point de secours ! et sa main défaillante Lâche son guide : adieu, Pologne, adieu!
Mais un doux rêve, une image brillante Dans son esprit descend du sein de Dieu.
« Que vois-je? enfin, l'aigle blanc se réveille,
• Vole, combat, de sang russe abreuvé.
• Un chaut de gloire éclate à mon oreille.
• Rien qu'une main, Français, je suis sauvé! »
Point de secours! il n’est plus, et la rive Voit l'ennemi camper dans ses roseaux.
Ces temps sont loin ; mais une voix plaintive Dans l'ombre encore appelle au fond des eaux ; Et depuis peu (grand Dieu, fais qu'on me croie!), Jusques au ciel son cri s'est élevé.
Pourquoi ce cri que le ciel nous renvoie :
« Rien qu'une main, Français, je suis sauvé! »
C’est la Pologne et son peuple fidèle Qui tant de fois a pour nous combattu ;
Elle se noie au sang qui coule d'elle,
Sang qui s'épuise en gardant sa vertu.
Comme ce chef mort pour notre patrie,
Corps en lambeaux dans l'Elster retrouvé,
Au bord du gouffre un peuple entier nous crie :
• Rien qu’une main, Français, je suis sauvé! >