‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 308 sur 323 · LE VIEUX VAGABOND · texte numérisé non relu

LE VIEUX VAGABOND

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Dans ce fossé cessons de vivre.

Je finis vieux, infirme et las.

Les passants vont dire : 11 est ivre.

Taut mieux ! ils ue me plaindront pas.

J'en vois qui détournent la tête;

D'autres me jettent quelques sous.

Courez vite ; allez à la fête.

Vieux vagabond, je puis mourir sans vous.

Oui, je meurs ici de vieillesse,

Parce qu'on ne meurt pas de faim.

J’espérais voir de ma détresse L'hôpital adoucir la fin.

Mais tout est pleiu dans chaque hospice, Tant le peuple est infortuné.

Lame, hélas! fut ma nourrice.

Vieux vagabond, mourons où je suis né.

Aux artisans, dans mon jeune âge.

J'ai dit : Qu'on m'enseigne un métier.

Va, nous n'avons pas trop d'ouvrage, Répondaient-ils, va mendier.

Riches, qui me disiez : Travaille,

J'eus bien des os de vos repas;

J'ai bien dormi sur votre paille.

Vieux vagabond, je ne vous maudis pas.

J’aurais pu voler, moi, pauvre homme;

Mais non : mieux vaut tendre la main.

Au plus, j'ai dérobé la pomme Qui mûrit au bord du chemin.

Vingt fois pourtant on me verrouille Dans les cachots, de par le roi.

De mon seul bien on me dépouille.

Vieux vagabond, le soleil est à moi.

Le pauvre a-t-il une patrie?

Que me font vos vins et vos blés, Votre gloire et votre industrie,

Et vos orateurs assemblés?

Dans vos murs ouverts à ses armes, Lorsque l’étranger s'engraissait, Comme un sot j'ai versé des larmes.

Vieux, vagabond, sa main me nourrissait.

Comme un insecte fait pour nuire, Hommes, que ne m’écrasiez-vous?

Ah ! plutôt vous deviez m'instruire A travailler au bien de tous.

Mis à l’abri du vent contraire,

Le ver fût devenu fourmi ;

Je vous aurais chéris en frère.

Vieux vagabond, je meurs votre ennemi.

COUPLETS

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Quoi ! vos échos redisent nos chansons !

■ lions Mauriciens, ils sont Français encore !

A travers flots, tempêtes et moussons,

Leur voix me vient d'où vient pour nous l'aurore. De tant d’échos résonnant jusqu'à nous,

Les plus lointains nous semblent les plus doux.

Mes chants joyeux de jeunesse et d’amour Ont donc aussi fait un si long voyage.

Loin de vos bords leur bruit vole à son tour.

Et me revient quand je suis vieux et sage.

De taut d’échos résonnant jusqu'à nous,

Les plus lointains nous semblent les plus doux.

On m’a conté qu'aux bords du Gange assis,

Des exilés, gais enfants de la Seine,

A mes chansons, là, berçaieut leurs soucis.

Qu' ainsi ma muse endorme votre peine '

De tant d'échos résonnant jusqu'à nous.

Les plus lointains nous semblent les plus doui.

Si mes chansons vont encor voyager, Accucillez-les, ces folles hirondelles,

Comme un bon fils reçoit le messager Qui d'une mère apporte des nouvelles.

De tant d'échos résonnant jusqu'à nous,

Les plus lointains nous semblent les plus doux.

Vous-même aussi célébrez vos amours.

Dieu permettra que nos voix se confondent ; Mais en français, frères, chantez toujours,

Pour que toujours nos échos se répondent.

De tant d'échos résonnant jusqu'à nous,

Les plus lointains nous semblent les plus doux.

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