‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 309 sur 323 · CINQUANTE ANS · texte numérisé non relu

CINQUANTE ANS

Pourquoi ces fleurs? est-ce ma fête?

Non, ce bouquet vient m'annoncer Qu'un demi-siècle sur ma tête Achève aujourd'hui de passer.

Oh ! combien nos jours sont rapides I Ohl combien j'ai perdu d’instants!

Oh ! combien je me sens de rides !

Hélas ! hélas ! j'ai cinquante ans.

A cet âge, tout nous échappe;

Le fruit meurt sur l'arbre jauni.

Mais à ma porte quelqu'un frappe, N'ouvrons point : mon rôle est fini.

C'est, je gage, un docteur qui jette Sa carte où s’est logé le temps.

Jadis, j'aurais dit . C'est Lisette.

Hélas! hélas! j’ai cinquante ans.

En maux cuisants vieillesse abonde :

C'est la goutte qui nous meurtrit;

La cécité, prison profonde ;

La surdité dont chacun rit.

Puis la raison, lampe qui baisse.

N’a plus que des feux tremblottauts.

Enfants, honorez la vieillesse!

Hélas ! hélas ! j'ai cinquante ans.

Ciel! j'entends la mort qui, joyeuse.

Arrive en se frottant les mains.

À ma porte, la fossoyeuse

Frappe ; adieu, messieurs les humains t

En bas, guerre, famine et peste :

En haut plus d'astres éclatants.

Ouvrons, tandis que Dieu me reste.

Hélas! hélas! j'ai cinquante ans.

Mais non! c’est vous ! vous, jeune amie! Sœur de charité des amours'

Vous tirez mon àme endormie Du cauchemar des mauvais jours.

Semant les roses de votre âge Partout, comme fait le printemps.

Parfumez les rêves d’un sage.

Hélas! hélas ! j’ai cinquante ans.

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