‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 320 sur 323 · LA PAUVRE FEMME · texte numérisé non relu

LA PAUVRE FEMME

Au di mca Hab;t . ou d'Anxtippe.

Il neige, il neige, et là devant l'église,

Une vieille prie à genoux.

Sons ses haillons où s'engouffre la bise,

C’est du pain quelle attend de nous.

Seule, à tâtons, au parvis Notre-Dame,

Elle vient, hiver comme été ;|

Elle est aveugle, hélas! la pauvre femme,

Ah! faisons-lui la charité.

Savez-vous bien ce que fut cette vieille Au teint hâve, aux traits amaigris?

D’un grand spectacle autrefois la merveille.

Ses chants ravissaient tout Paris.

Les jeunes gens, dans le rire ou les larmes. S’exaltaient devant sa beauté.

Tous, ils ont dù des rêves à ses charmes.

Ah ! faisons-lui la charité.

Combien de fois, s'éloignant du théâtre.

Au pas pressé de ses chevaux,

Elle entendit une foule idolâtre La poursuivre de scs bravos !

Pour l’enlever au char qui la transporte,

Pour la rendre à la volupté,

Que de rivaux l’attendaient à sa porte !

Ah ! faisons-lui la charité.

Quand tous les arts lui tressaient des couroimes. Quelle avait un pompeux séjour!

Que de cristaux, de bronzes, de colonnes !

Tributs de l'amonr à l'amour.

Dons ses banquets, que de muses fidèles

Au vin de sa prospérité!

Tous les palais ont leurs nids d'hirondelles.

Ah ! faisons-lui la charité.

Revers affreux ! un jour la maladie Éteint ses yeux, brise sa voix :

Et bientôt seule et pauvre elle mendie Où, depuis vingt ans, je la vois.

Aucune main n'eut mieux l'art de répandre Plus d’or, avec plus de bouté,

Que cette main quelle hésité à nous teudre.

Ah! faisous-lui la charité.

Le froid redouble; ô douleur! ô misère!

Tous ses membres sout engourdis.

Ses doigts ont peine à teuir le rosaire Qui l'eût fait sourire jadis.

Sous tant de maux, si son cœur tendre encore Peut sc nourrir de piété ;

Pour qu'il ait foi daus le ciel qu'elle implore.

Ah! faisons-lui la charité.

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