‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 321 sur 323 · LES TOMBEAUX DE JUILLET · texte numérisé non relu

LES TOMBEAUX DE JUILLET

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Des fleurs, enfants, vous dont les mains sont pures; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux !

De nos Trois-Jours ornes les sépultures.

Comme les rois le peuple a ses tombeaux.

Charte avait dit : « Que juillet qui s'écoule ■' Venge mou trône en butte aux niveleurs.

« Victoire aux lis! - Soudain Paris en foule S'arme et répond : « Victoire aux trois couleurs ! »

Pour parler haut, pour nous trouver timides,

Par quels exploits fascinez- vous nos yeux? IVimitez pas l’homme des Pyramides :

Dans son linceul tiendraient tous vos aïeux.

Quoi! d'une charte on nous a fait l'aumône.

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Et sons le joug vous voulez nous courber!

Nous savons tous comment s'écroule un trône. Dieu juste! encore nu roi qui veut tomber.

Car une voix, qui vient d'en haut sans doute,

Au fond du cœur nous crie : Égalité!

Légalité? c'est peut-être une roule Qu'aux malheureux ferme la royauté.

Marchons! marchons! A nous l'IIôtel-de-Ville!

A nous les quais ! à nous le Louvre ! à nous !

Entrés vainqueurs dans le royal asile,

Sur le vieux trône il se sont assis tous.

Qu’un peuple est grand qui, pauvre, gai, modeste. Seul maître, après tant de sang et d'efforts.

Chasse en riant des princes qu'il déteste,

Et de l'état garde à jeun les trésors!

Des fleurs, enfants, vous dont les mains sont pures; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux !

De nos Trois-Jours ornez les sépultures.

Comme les rois le peuple a ses tombeaux.

Des artisans, des soldats de la Loire,

Des écoliers s'essayant au canon,

Sont tombés là, vous léguant leur victoire,

Sans penser même à nous dire leur nom.

A ces héros la France doit un temple.

Leur gloire au loin inspire un saint effroi.

Les rois, que trouble un aussi grand exemple,

Tout bas ont dit : Qu’est-ce aujourd’hui qu’un roi?

Voit-on venir le drapeau tricolore?

llépètent-ils, de souvenirs remplis.

Et sur leur front ce drapeau semble encore Jeter d’en haut les ombres de ses plis.

En paix voguant de royaume en royaume,

A Sainte-Hélène en sa course il atteint.

Napoléon, gigautesque fantôme,

Paraît debout sur ce volcan éteint.

A son tombeau la maiu de Dieu l'enlève.

■ Je t'attendais, mon drapeau glorieux.

» Salut! » 11 dit, brise et jette son glaive Dans l'Océan, et se perd dans les ci eux.

Dernier conseil de son génie austère !

Du glaive en lui Gnit la royauté.

Le conquérant des sceptres de la terre Pour successeur choisit la Liberté.

De s fleurs, enfants, vous dont les mains sont pures; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux !

De nos Trois-Jours ornez les sépultures.

Comme les rois ie peuple a ses tombeaux.

Des corrupteurs la faction titrée Déserte en vain cet humble monument;

En vain compare à l'émeute enivrée De nos vengeurs le noble dévouement.

Enfants, en rêve, on dit qu'avec les anges Vous échangez, la nuit, les plus doux mots.

De l'avenir prédisez les louanges.

Pour consoler ces Ames de héros.

Dites-leur : Dieu veille sur votre ouvrage.

Par nos erreurs ne vous laissez troubler.

Du coup qu'ici frappa votre courage,

La terre encore a longtemps à trembler.

Mais dans nos murs fondrait l'Europe entière, Qu'au prompt départ de vingt peuples rivaux,

La liberté naîtrait de la poussière Qu'emporteraient les pieds de leurs chevaux.

Partout luira l'égalité féconde.

Les vieilles lois errent sur des débris.

Le monde ancien Gnit; d'un nouveau monde La France est reine, et son Louvre est Paris.

A vous, enfants, ce fruit des Trois-Journécs.

Ceux qui sont là vous frayaient le chemin.

Le sang Français, des grandes destinées Trace en tout temps la route au geure humain.

Des fleurs, enfants, vous dont les mains sont pures; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux !

De uos Trois-Jours ornez les sépultures.

Comme les rois le peuple a ses tombeaux.

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