‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 322 sur 323 · ADIEU, CHANSONS · texte numérisé non relu

ADIEU, CHANSONS

hr du Taillent et la Fé> . on d'Ajciin»

Pour rajeunir les fleurs de mon trophée,

Naguère encor, tendre, docte ou railleur.

J’allais chanter, quaud m'apparut la fée Qui me berça chez le bon vieux tailleur.

» L’hiver, dit-elle, a soufflé sur ta tète :

« Cherche un abri pour tes soirs longs et froids. ■ Vingt ans de lutte ont épuisé ta voix,

» Qui n’a chanté qu'au bruit de la tempête. » Adieu, chansons ! mon front chauve est ridé. L’oiseau se tait; l’aquilon a grondé.

•• Ces jours sont loin, poursuit-elle, où ton âme

• Comme un clavier modulait tous les airs;

Où la galté, vive et rapide flamme,

» Au ciel obscur prodiguait ses éclairs.

•• Plus rétréci, l’horizon reste sombre.

« Des gais amis le long rire a cessé.

« Combien là bas déjà t’ont devancé !

" Lisette même, hélas ! n’est plus qu’une ombre. • Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L’oiseau se tait; l’aquilon a grondé.

« Bénis ton sort. Par toi la poésie

• A d’un grand peuple ému les derniers rangs.

« Le chant qui vole à l’oreille saisie,

« Souffla tes vers, même aux plus ignorants.

» Vos orateurs parlent à qui sait lire;

• Toi conspirant tout haut contre les rois,

« Tu marias, pour ameuter les voix,

« Des airs de vielle aux accents de la lyre.

Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L’oiseau se tait; l’aquilon a grondé.

« Tes traits aigus lancés au trône même,

• En retombant aussitôt ramassés,

- De près, de loin, par le peuple qui t'aime,

•• Volaient en chœur jusqu'au but relancés.

« Puis quand ce trône ose brandir son foudre.

.. De vieux fusils l'abattent en trois jours.

<§ 4ôB a>>

• Pour tous les coups tirés dans sou velours,

- Combien ta musc a fabriqué de poudre ! Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.

■■ Ta part est belle à ces grandes journées,

» Où du butin tu détournas les yeux.

« Leur souvenir couronnant tes années,

- Te suffira, si tu sais être vieux.

Aux jeunes gens raconte-s-eu l'histoire;

■ Guide leur nef ; instruis-les de l'écueil ;

« Et de la France, un jour, font-ils l’orgueil,

« Va réchauffer ta vieillesse à leur gloire. » Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l’aquilon a grondé.

Ma bonne fée, au seuil du pauvre barde.

Oui, vous sonne/, la retraite à propos.

Pour compagnon, bientôt dans ma mansarde, J’aurai l'oubli, père et fils du repos.

Mais à ma mort, témoins de notre lutte.

De vieux Français se diront l’œil mouillé :

Au ciel, un soir, cette étoile a brillé;

Dieu l’éteignit longtemps avant sa chute. Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.

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