‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 39 sur 323 · LA DOUBLE IVRESSE · texte numérisé non relu

LA DOUBLE IVRESSE

An . One ne tais-je la fougère.

Je reposais sous l’ombrage, Quand >’ écris vint m'éveiller ;

Je crus voir sur son visage Le feu du désir briller.

Sur son front Zéphyre agite La rose et le pampre vert ;

Et de son sein qui palpite Flotte le voile entrouvert.

Un enfant qui suit sa trace ( Son frère, si je l’en crois )

Presse pour remplir sa tasse Des raisins entre ses doigts.

Tandis qu’à mes yeux la belle Chante et danse à ses chansons , L’enfant, caché derrière elle , Mêle au vin d’affreux poisons.

Nœris prend la tasse pleine,

Y goûte et vient me l’offrir.

Ah ! dis-je, la ruse est vaine :

Je sais qu'on en peut mourir.

Tu le veux, enchanteresse !

Je bois, dussé-je en ce jour

Du vin expier l’ivresse Par l'ivresse de l’amour.

Mon délire fut extrême :

Mais aussi qu’il dura peu !

Ce n’est plus Nœris que j’aime , Et Nœris s’en fait un jeu.

De ces ardeurs infidèles Ce qui reste, c’est qu’enlin , Depuis, à l’amour des belles J’ai mêlé le goût du vin.

mummasm-

Page 1