‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 59 sur 323 · TRINQUONS · texte numérisé non relu

TRINQUONS

Air : La for.w-

Trinquer est un plaisir fort sage Qu’aujourd'hui l’on traite d’abus.

Quand du mépris d’un tel usage Les gens du monde sont imbus.

De le suivre, amis, faisons gloire, lliant de qui peut s’en moquer,

Et pour choquer,

Nous provoquer.

Le verre en main, en rond nous attaquer, D’abord nous trinquerons pour ladre.

Et puis nous boirons pour trinquer.

A table, croyez que nos pères N’enviaient point le sort des rois,

Et qu'au fragile éclat des verres Ils le comparaient quelquefois.

A voix pleine ils chantaient Grégoire, Docteur que l’on peut expliquer;

Et pour choquer.

Se provoquer,

\a! verre en main, tous eu rond s’attaquer, Nos bons aïeux triuquaieut pour boire, Et puis ils buvaient pour trinquer.

L’Amour alors près de nos mères, Faisant chorus, battant des mains, Rapprochait les cœurs et les verres, Enivrait avec tous les vins.

Aussi n'a-t-on pas la mémoire Qu'une belle ait voulu mauquer.

Pour bien choquer,

A provoquer,

Le verre en main, chacun à l'attaquer :

D'abord elle trinquait pour boire.

Puis elle buvait pour trinquer.

Qu'on boive aux maîtres de la terre,

Qui n'en boivent pas plus gaiment ;

Je veux, libre par caractère.

Boire à mes amis seulement.

Malheur à ceux dont l’humeur noire S'obstine à ne point remarquer Que pour choquer,

Se provoquer,

Le verre en main, tous en rond s'attaquer, L’amitié qui trinque pour boire,

Boit bien plus encor pour trinquer.

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