‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 63 sur 323 · ADIEUX DE MARIE STUART · texte numérisé non relu

ADIEUX DE MARIE STUART

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Adieu, charmant pays de France,

Que je dois tant chérir !

Berceau de mon heureuse enfance,

Adieu ! te quitter c’est mourir.

Toi que j’adoptai pour patrie,

Et d’où je crois me voir bannir,

Entends les adieux de Marie,

France, et garde son souvenir.

Le vent souffle, on quitte la plage ;

Et, peu touché de mes sanglots,

Dieu, pour me rendre à ton rivage,

Dieu n’a point soulevé les flots!

Adieu, charmant pays de France,

Que je dois tant chérir !

Berceau de mon heureuse enfance.

Adieu ! te quitter c’est mourir.

lorsqu’aux yeux du peuple que j’aime, Je ceignis les lis éclatants.

Il applaudit au rang suprême Moins qu'aux charmes de mon printemps En vain la grandeur souveraine M’attend chez le sombre Ecossais ;

Je n'ai désiré d’être reine

Que pour régner sur des Français.

Adieu, charmant pays de France,

Que je dois tant chérir !

Berceau de mon heureuse enfance, Adieu! te quitter c’est mourir.

L’amour, la gloire, le génie,

Ont trop enivré mes beaux jours ;

Dans l’inculte Calédonie De mon sort va changer le cours.

Hélas ! un présage terrible Doit livrer mon cœur à l’effroi :

J’ai cru voir, dans un songe horrible.

Un échafaud dressé pour moi.

Adieu ! charmant pays de France,

Que je dois tant chérir !

Berceau de mon heureuse enfance, Adieu, te quitter c’est mourir.

France, du milieu des alarmes,

La noble fille des Stuarts,

Comme en ce jour qui voit ses larmes, Vers toi tournera ses regards.

Mais, Dieu ! le vaisseau trop rapide Déjà vogue sous d'autres ci eux ;

Et la nuit, dans son voile humide.

Dérobe tes bords à mes yeux!

Adieu, charmant pays de France,

Que je dois tant chérir !

Berceau de mon heureuse enfance, Adieu ! te quitter c'est mourir.

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