‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 66 sur 323 · LA BOUTEILLE VOLÉE · texte numérisé non relu

LA BOUTEILLE VOLÉE

hr : La fste ds bonnes çsa.

Sans bruit, dans ma retraite Hier l'Amour pénétra,

Courut à ma cachette,

Et de mon vin s'empara.

Depuis lors ma voix sommeille ; Adieu tous mes joyeux sons.

Amour, rends-moi ma bouteille,

Ma bouteille et mes chansons.

Iris, dame et coquette,

A ce larcin l'a poussé.

Je n’ai plus la recette Qui soulage un cœur blessé.

C’est pour gémir que je veille,

En proie aux jaloux soupçons.

Amour, rends- moi ma bouteille,

Ma bouteille et mes chansons.

Épicurien aimable,

A verser frais m’invitant,

Un vieil ami de table Me tend son verre en chantant;

Un autre vient à l'oreille Me demander des leçons.

Amour, rends-moi ma bouteille,

Ma bouteille et mes chansons.

Tant qu’Iris eut contre elle Ce bon vin si regretté,

<§ 84 ÎP

Grisette folle et belle Tenait mon cœur en gaîté.

Lison n’a point sa pareille Pour vivre avec des garçons.

Amour, rends-moi ma bouteille,

Ma bouteille et mes chansons.

Mais le filou se livre :

Joyeux, il vient à ma voix ;

De mon vin il est ivre,

Et n’en a bu que deux doigts.

Qu'fris soit une merveille,

Je me ris de ses façons :

Amour me rend ma bouteille,

Ma bouteille et mes chansons.

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