‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 7 sur 323 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Os derniers mots suffiront pour justifier cette digression, qui d'ailleurs ne peut déplaire aux vrais patriotes. Us n'ont jamais plus regretté Manuel que depuis la révolution de Juillet, eu dépit de quelques gens qui peut-être répètent tout bas ! Sommes-nous heureux que celui-là soit mort !

Il est temps de jeter un coup d’œil général sur mes chansons. Je le confesse d’abord : je conçois les reproches que plusieurs ont dû m’attirer de la part des esprits austères, peu disposés à pardonner quelque chose, même à un livre qui n’a pas la prétention de servir à l’éducation des demoiselles. Je dirai seulement, sinon comme défense , au moins comme excuse , que ces chansons, folles inspirations de la jeunesse et de ses retours, ont été des compagnes fort utiles, dounées aux graves refrains et aux couplets politiques. Sans leur assistance, je suis teuté de croire que ceux-ci auraient bien pu n'aller ni aussi loin, ni aussi bas , ni même aussi haut ; ce dernier mot dùt-il scandaliser les vertus de salon.

Quelques unes de mes chansons ont été traitées d'impies, les pauvrettes! par MM. les procureurs du roi, avocats-généraux et leurs substituts, qui sont tous gens très -religieux à l’audience. Je ne puis, à cet égard , que répéter ce qu'on a dit cent fois. Quand , de nos jours , la religion se fait instrument politique, elle s’expose à voir méconnaître son caractère sacré; les plus tolérants deviennent intolérants pour elle; les croyants, qui croient autre chose que ce quelle enseigne, vont quelquefois, par représailles, l’attaquer jusque dans son sanctuaire. Moi , qui suis de ces croyants , je n’ai jamais été jusque-là : je me suis contenté de faire rire de la livrée du catholicisme. Estce de l’impiété?

Enfin, grand nombre de mes chansons ne sont que des inspirations de sentiments intimes ou des caprices d'un esprit vagabond ; ce sont là mes filles chéries : voilà tout le bien que j’en veux dire au public. Je ferai seulement observer encore, qu'eu jetant une grande variété dans mes recueils , celles-ci ont dû «l'être pas inutiles non plus au succès des chansons politiques.

Quant à ces dernières, à n'en croire mêmeque les adversaires les plus prononcés de l'opinion que j'ai défendue pendant quinze ans, elles ont exercé une puissante influence sur les masses, seul levier qui, désormais, rende les grandes choses possibles. L'honneurde cette influence, jenel’ai pas réclamé au moment de la victoire : mon courage s’évanouit aux cris qu'elle fait pousser. Je crois, en vérité, que la défaite va mieux à mon humeur. Aujourd'hui , j’ose donc réclamer ma part dans le triomphe de 1830, triomphe que je n’ai su chanter que longtemps après et devant les sépultures des citoyens à qui nous le devons. Ma

Page 1