‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 9 sur 323 · XV · texte numérisé non relu

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courir après les dignités littéraires les plus enviées et les plus dignes de l'être , quelque instance que m'aient faite des amis influents et dévoués, qui, dans la poursuite de ces dignités, me promettaient, je suis honteux de le dire, plus de bonheur que n’en a eu B. Constant, graud publiciste, grand orateur, grand écrivain. Pauvre Constant!

A ceux qui douteraient de la sincérité de mes paroles, je répondrai : Les rêves poétiques les plus ambitieux ont bercé ma jeunesse ; il n’est presque point de genre élevé que je n'aie tenté en silence. Pour remplir une immense carrière, à vingt ans, dépourvu d'études, même de celle du latin, j'ai cherché à pénétrer le génie de notre langue et les secrets du style. Les plus nobles encouragements m'ont été donnés alors. Je vous le demande : croyez-vous qu’il ne me soit rien resté de tout cela, et qu’aujourd'hui , jetant un regard de profonde tristesse sur le peu que j'ai fait, je sois disposé à m'eu exagérer la valeur? Mais j'ai utilisé ma vie de poète, et c’est là ma consolation. Il fallait un homme qui parlât au peuple le langage qu’il entend et qu’il aime, et qui se créât des imitateurs pour varier et multiplier les versions du même texte. J’ai été cet homme. La Liberté et la Patrie, dira-t-on, se fussent bien passées de vos refrains. La Liberté et la Patrie ne sont pas d'aussi grandes dames qu’on le suppose : elles ne dédaignent le concours de rien de ce qui est populaire. Il y aurait, selon moi, injustice à porter sur mes chansons un jugement où il ne me serait pas tenu compte de l'influence quelles ont exercée. Il est des instants, pour une nation, où la meilleure musique est celle du tambour qui bat la charge.

Après tout, si l'on trouve que j'exagère beaucoup l'importance de mes couplets , qu’on pardonne au vétéran qui preud sa retraite, de grossir tant soit peu ses états de services. Oii pourra même observer que je parle à peine de mes blessures. D’ailleurs, la récompense que je sollicite ne fera pas ajouter un centime au budget.

Comme chansonnier, il me faut répondre à une critique que j'ai vu plusieurs fois reproduite. On m’a reproché d’avoir dénaturé la chanson , en lui faisant prendre un ton plus élevé que celui des Collé, des Panard, des Désaugiers. J’aurais mauvaise grâce à le contester, car c'est, selon moi, la cause de mes succès. D'abord, je ferai remarquer que la chanson, comme plusieurs autres genres, est toute une langue, et que , comme telle, elle est susceptible de prendre les tons les plus opposés. J'ajoute que, depuis 1789, le peuple ayant mis la main aux affaires du pays, ses sentiments et scs idées patriotiques ont acquis un très-grand développement; notre histoire le prouve. La chan-

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