‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger :Chapitre 101 sur 129 · LE RETOUR DANS LA PATRIE · texte numérisé non relu

LE RETOUR DANS LA PATRIE

Am : Suzon sarUnU de $on tnUage.

Qu'il va lentement, le navire A qui j'ai confié mon sort!

Au rivage où mon cœur aspire Qu'il ast lent à trouver un pori !

" Lord Wellington, lors de Tenirivement des chefs-d'œuvre du Miiw, prétendit que nous avions besoin d*iine leçon morale.

DE BÉUANGEK. 287

France adorée !

Douce contrée !

Mes jeux cent fois ont cru te découvrir. Qu^un vent rapide Soudain nous guide Aux bords sacrés où je reviens mourir.

Mais enfin le matelot crie :

Terre, terre, là-bas, voyez!

Ah ! tous mes maux sont oubliés.

Salut à ma patrie ! {Ter.)

Oui, voilà les rives de France; Oui, voilà le port vaste et sûr, Voisin des champs où mon enfance S'écoula sous un chaume obscur.

France adorée !

Douce contrée !

Après vingt ans enfin je te revois; De mon village Je vois la plage, Je vois fumer la cime de nos toits.

Combien mon âme est attendrie !

Là furent mes premiers amours; Là ma mère m'attend toujours.

Salut à ma patrie !

Loin de mon berceau, jeune encore.

L'inconstance emporta mes pas Jusqu'au sein des mers où l'aurore Sourit aux plus riches climats.

DE BÉRANGEH. 2S9

France adorée!

Douce contrée !

Tes chanf\ps alors gémissaient envahis.

Puissance et gloire, Cris de victoire, Rien n'étouffa la voix de mon pays.

De tout quitter mon cœur me prie :

Je reviens pauvre, mais constant.

Une bêche est là qui m'attend.

Salut à ma patrie !

Au bruit des transports d'allégresse.

Enfin le navire entre au port.

Dans cette barque où Ton se presse, Hâtons-nous d'atteindre le bord.

France adorée!

Douce contrée !

Puissent tes fils te revoir ainsi tous ! Enfin j'arrive, Et, sur la rive.

Je rends au ciel, je rends grâce à genoux. Je t'embrasse, ô terre chérie!

Dieux! qu'un exilé doit souffrir!

Moi, désormais je puis mourir!

Salut à ma patrie ! {Ter.)

LE VENTRTl

Car dans ce yentre éiofTé Je suis entré tout truffé.^ Quels dînes, Quels dinés Les ministres m'ont donnés 1 Oh ! que j'ai fait d^ bons diné»!

Comme il faut au ministère Des gens qui parlent toujours, Et hurlent pour faire taire Ceux qui font de bons discours, J'ai parlé, parlé, parlé; J'ai hurlé, hurlé, hurlé.

Quels dlnés,

Quels dinés Les ministres m'ont donnés!

Oh ! que j^ fait de bons dtnës!

Si la presse a des entraves, C'est que je l'avais promis; Si j'ai bien parlé des braves, C'est qu'on me l'avait permis.

J'aurais voté dans un jour Dix fois contre et dix fois pour.

Quels dinés,

Quels dinés L('s ministres m'ont donnés!

Oh * que j'ai fait de bons dinés!

J'ai repoussé les enquêtes Afm de plaire à la cour;

tfîti CHANSONS

J'ai, sur toutes les requêtes, Demandé V ordre dujmir.

Au nom du roi, par mes cris, J'ai rebanni les proscrits*.

Quels dinés.

Quels dînes Les ministres m'ont donnés!

Oh! que j'ai fait de bons dinés!

Des dépenses de police

J'ai prouvé l'utilité;

Et, non moins Français qu'un Suisse,

Pour les Suisses j'ai voté.

Gardons bien, et pour raison,

Ces amis de la maison.

Quels dinés,

Quels dinés Les ministres m'ont donnés!

Oh ! que j'ai fait de bons dinés !

Malgré des calculs sinistres, Vous paierez, sans y songer.

L'étranger et les ministres, Les ventrus et l'étranger.

Il faut que, dans nos besoins, F^e peuple dîne un peu moins.

* Dans la sesbion de 1818, un grand nombre d'adresses, présentées h la Chambre en faveur du rappel des proscrits, auieua ime discussion extrêmement vive, que termina Pordi-c du jour.

OK BÉHANGEn. 21)7»

Quels dînes, Quels dînes

 Tespoir du rang le plus beau Point de cœur qui ne s'abandonne.

Nul n'est content de son chapeau :

Chacun voudrait une couronne.

Un roi sui* son front obscurci Porte une couronne éclatante ; Le pâtre a sa couronne aussi :

Couronne de fleurs qui me tente.

A l'un le ciel la fait payer; Mais au berger l'amour la donne ; Le roi l'ôte pour sommeiller, Colin dort avec sa couronne.

Le Français, poëte et guerrier, Sert les Muses et la Victoire ; Le front ceint d'un double laurier, 11 triomphe et chante sa gloire.

Quand du rang qu'il doit occuper Il tombe, trahi par Bellone, Le sceptre lui peut échapper.

Mais il conserve sa couronne.

Belles, vous portez à quinze ans La couronne de l'innocence.

Bientôt viennent les courtisans :

Comme les rois on vous encense.

Comme eux de pièges séducteurs L'artifice vous environne ; Vous n'écoutez que vos flatteurs, Et vous perdez votre couronne.

DE BËRANGER. S05

Perdre une couronne! A ces mof», Chacun doit penser à la sienne.

Je n'ai point doublé les impôts.

Je n'ai point de noblesse ancienne.

Mon peuple, buvons de concert, La place me paratt si bonne!

N'allez pas avant le dessert Me faire abdiquer la couronne.

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