‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger :Chapitre 114 sur 129 · LE BON DIEU · texte numérisé non relu

LE BON DIEU

AiB : Tout le long de la rivière-

Un jour, le bon Dieu s'éveillanl Fut pour nous assez bienveillant.

Il met le nez à la fenêtre :

« Leur planète a péri peut-être. »

Dieu dit, et l'aperçoit bien loin Qui tourne dans un petit coin.

Si je conçois comment on s'y comporte, Je veux bien, dit-il, que le diable m'emporte, Je veux bien que le diable m'emporte.

Blancs ou noirs, gelés ou rôtis, Mortels que j'ai faits si petits.

Dit le bon Dieu d'un air paterne, On prétend que je vous gouverne.

Mais vous devez voir, Dieu merci !

Que j*ai des ministres aussi.

Si je n*en mets deux ou trois à la porte, Je veux, mes enfants, que le diable m'emporte. Je veux bien que le diable m'emporte.

Pour vivre en paix, vous ai-je en vain

Donné des filles et du vin?

A ma barbe, quoi! des pygmées,

M'appelant le Dieu des armées.

Osent, en invoquant mon nom,

Vous tirer des coups de canon !

Si j'ai jamais conduit une cohorte, Je veux, mes enfants, que le diable m'emporte Je veux bien que le diable m'emporte.

Que font ces nains si bien parés

Sur des trônes à clous dorés?

Le front huilé, l'humeur altière.

Ces chefs de votre fourmilière

Disent que j'ai béni leurs droits,

Et que par ma gr»ice ils sont rois !

Si c'est par moi qu'ils régnent de la sorte, Je veux, mes enfants, que le diable m'emporte, Je veux bien que le diable m'emporte.

Je nourris d'autres nains tout noirs Dont mon nez craint les encensoirs.

Ils font de la vie un carême, En mon nom lancent Tanathèmo,

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