XXXVIII NOTICE
f core ! Mon ours se met en défense, donne des coups de museau, f crie, et vous ne vous informez pas si h pauvre bêle est blessée, f II est vrai que vous y attrapez des égratignures ; mais vous êtes f heureuse d*en être quitte à si bon marché : bien d'autres que f vous ne s'en tireraient pas ainsi. Tout en me blâmant, conve- « nez que, si je n étais pas fabriqué ainsi, il me serait impossible « d'aller dans le monde sans y laisser quelque peu de ma force « naturelle, de mon instinct, de mes mœurs particulières, à qui je « dois peut-être ces bonnes qualités qui vous plaisent encore, même « sous le ciel de l'Italie et près des tombeaux de tant de grands
* hommes. »
Vours est, au contraire, le meilleur des humains. Il aime la paix, le silence, la méditation, Fétude ; le bruit lui fait peur, et même le bruit de la gloire; il n est pas fâché que Ion respecte sa retraite, et il ne serait pas très-malheureux si le monde l'oubliait tout à fait. Mais Vours nest pas un misanthrope; il est resté fidèle à ses amitiés, à son enthousiasme, fidèle à sa muse, à ses chansons; chaque jour encore est pour lui un jour de travail et d'étude. Un homme qui l'a vu, et qui l'a bien vu, en parle ainsi, avec une grâce charmante, à laquelle nous ne pouvons rien ajouter :
« Sa conversation est prompte, discursive, abondante, égale- « ment nourrie sur tous les sujets, initiée aux mœurs des métiers « différents, suppléant au manque de voyages par la pratique as- « sidue de la grande ville; on y reçoit mille traits qui pénètrent « avant et se retiennent ; on y sent réunis et mélangés le conten:- « porain des conquêtes, le répubhcain de l'avenir et le successeur « du Parisien Villon. Sa littérature, très-étendue, très-fine, très- « élaborée, surprend ceux mêmes qui n'ignorent pas de quelles « études sérieuses Fartiste consommé a dû partir. Rien de plus « mûri, de plus délicat que la variété de ses jugements littéraires, f tous individuels et de sa propre façon. C'est un rusé ignorant, à « la manière de Montaigne. Il ne sait pas le latin assurément ; mais, « à lentendre parfois discourir du théâtre, et remonter de Molière,
* Racine ou Shakspeare aux tragiques de l'antiquité, je suis tenté de « croire qu'il sait le grec, qu'il a été Grec, comme il le dit dans son « Voyage imaginaire, tant cet ordre de beautés et de noble harmo- « nie lui est familier. »