‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger :Chapitre 14 sur 129 · NOTICE. XXXVII · texte numérisé non relu

NOTICE. XXXVII

Béraiiger ce duel corps à corps dont on ne sortira que par la Révolution de 1850. — Le premier Recueil de Chansons est de 1815, et déjà le poète fut menacé dans son emploi! Le second (1821) forçait Déranger à quitter le modeste bureau où il était entouré de tant d'estime et de louanges. Mais cette peine, qui était une grande peine, ne parut pas suffisante à ce terrible Marchangy, de funèbre mémoire, et, malgré M. Dupin aîné, le poète fut condamné à trois mois de prison... Trois mois de prison, pour avoir pleuré avec amertume sur la France humiliée! — Le troisième recueil est à la date de 1825... M. de'Villèle le laiss;i passer sans obstacles. Moins heureux, trois ans plus tard, sous le ministère de ce bienveillant M. de Martignac, Béranger, défendu par M. Barthe, fut condamné à dix mille francs d'amende, et à neuf mois de prison, à la Force, — A la Force! 11 n'avait été, la première fois, qu'à Sainte-Pélagie!

Cette condamnation était un triomphe. Pour se faire si cruelle, en effet, il fallait bien que la Restauration s'avouât vaincue. Tant d'amitiés honorables qui entouraient Béranger, tant d'estime pour sa personne, d'admiration poiu* son talent, et les vives sympathies de cette nation consolée par lui, éclatèrent, plus vivaces que jamais, autour de cette prison.

Tout le reste de cette biographie, qui ne pourrait être dignement écrite que par Béranger lui-même, est de l'histoire d'hier : 1850 a sonné, et la révolution nouvelle, non plus que lopposition de quinze ans, n'a pas pu se rassasier encore de ces chansons qui avaient glorifié à l'avance la Révolution de juillet.

Alors, laissant là le champ de la bataille ardente, il liabita tour à tour Fontainebleau, la Touraine, Passy, l'aimable village, où l'amitié, l'étude, les bruits du monde, viennent le trouver dans cette vie calme, paisible, sans regrets, sans peur, sans remords.

« Il y a, dit-il quelque part, dans mon organisation, quelque « chose de singulier que je voudrais pouvoir vous expliquer. J'ai < une existence intérieure qui se refuse souvent à se répandre au « dehors. Il y a de Tours au fond de tout cela. Quand on veut forcer « ma tanière, je m'épouvante et je pousse des hurlements. Et « vous, vous curieuse de tout voir, de tout connaître, vous allez « avec un long bâton, et de ci et de là! et puis allons! et puis en-

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