‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger :Chapitre 20 sur 129 · LA MÈRE AVEUGLE · texte numérisé non relu

LA MÈRE AVEUGLE

AIR. Une fUU est un oiseau.

Tout en filant votre lin, Écoulez-moi bien, ma fille :

Déjà votre cœur sautille Au nom du jeune Colin.

Craignez ce qu*il vous conseille.

Quoique aveugle, je surveille; A tout je prête Toreille, Et vous soupirez tout bas.

Votre Colin n'est qu'un traître...

Mais vous ouvrez la fenêtre; Lise, vous ne filez pas. {Bis.)

Il fait trop chaud, dites- vous; Mais, par la fenêtre ouverte, A Colin, toujours alerte, Ne faites pas les yeux doux.

Vous vous plaignez que je gronde :

Hélas! je fus jeune et blonde; Je sais combien dans ce monde On peut faire de faux pas.

L'amour trop souvent l'emporte...

Mais quelqu'un est à la porte; Lise, vous ne filez pas.

C'est le Vent, me dites-vous, Qui fait crier la serrure; Et mon vieux chien, qui murmure/ Gagne à cela de bons coups.

Oui, fiez-vous à mon âge :

Colin deviendra volage; Craignez, si vous n*êtes sage, De pleurer sur vos appas...

Grand Dieu! que viens-je d'entendre?

C'est le bruit d'un baiser tendre; Lise, vous ne filez pas.

C^est votre oiseau, dites-vous, C'est votre oiseau qui vous baise ; Dites-lui donc qu'il se taise, Et redoute mon courroux.

Ah! d'une folle conduite Le déshonneur est la suite; L'amant qui vous a séduite En rit même entre vos bras.

Que la prudence vous sauve...

Mais vous allez vers l'alcôve; Lise, vous ne filez pas.

C'est pour dormir, dites-vous.

Quoi! me jouer de la sorte! Colin est ici, qu'il sorte, Ou devienne votre époux.

En attendant qu'à l'église Le séducteur vous conduise,

l><) CHANSONS

Filez, liiez, liiez, Lise, Près de moi sans faire un pas.

En vain votre lin s'embrouille; Avec une autre quenouille.

Non, vous ne filerez pas. (Bis.)

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