‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger :Chapitre 74 sur 129 · LE JUGE DE CHARENTON · texte numérisé non relu

LE JUGE DE CHARENTON

NOVEMBRE 181fi .Kihtlf la Codaqui.

Un maître fou, qui, dit-on, Fit jadis mainte fredaine.

Des loges de Charenton S'est enfui l'autre semaine.

Chez un juge qui griflbnnait, 11 arrive et prend simarre et bonnet.

Puis à l'audience, hors d'haleine, Il entre et soudain dit : Prechil prêcha !

Et patati, et patata.

Prêtons bien l'oreille à ce discours-là.

« L'Esprit Saint soutient ma voix, « Et les accusés vont rire ; « Moi, l'interprète des lois, « J'en viens faire la satire.

Il n'y a point de mauvais discours que ne puisse fuire oublier une action généreuse ; et rien n'est plus honorable, selon moi, que la protection accordée k des infortunés placés sous le poids d'une accusation capitale. Aussi je n'aurais pas reproduit ici cette chanson, sans l'espèce de scandale que, lors de son apparition, elle causa jusque dans les deux Chambres. Mais je ne puis m'empêcber d'avouer que, si j'avais pu la condamner à Toubli, qu'elle mérite sans doute, j'en aurais toujours regretté le dernier couplet. (Note de 1821 «.) ' A répoque où celte Note fut publiée, M. Dellart était encore procureur général.

« Nous les tenons d'un impudent c< Qui, pour s'amuser, me fit président.

« J'ai longtemps vanté son empire, « Mais j'étais alors payé pour cela, »

Et patati, et patata.

Pouvait-on s'attendre à ce discours-là ?

« Le drame et Galimafré (c Corrompent nos cuisinières.

« En frac on voit un curé, « Et noS' enfants ont trois pères.

« Le mariage est un loyer :

« On entre en octobre, on sort en janvier.

« Les cachemires adultères a Nous donnent la peste, et ma femme en a. »

Et patati, et patata.

Il a mis de tout dans ce discoui's-Ià.

« Pour débaucher un mari, « Que les filles ont d'adresse !

c( Sous madame Dubarri, « Elles allaient à confesse.

« Ah! qu'enfin (et le terme est clair), « L'épouse et l'époux ne soient qu'une chair;

(( Et vous, qui nous tentez sans cesse, c< Filles, respectez l'habit que voilà. »

Et patati, et patata.

Rien n'est plus moral que ce discours^là*

(( Mais, triste effet du typhus, <c Au lieu d'église on élève

c< Le temple du dieu Plutus, c< Qui sera beau, s'il s'achève.

« Partout régnent les intrigants ; « On n'interdit plus les extravagants :

«Ce dernier point n'est pas un rêve, a Puisqu en robe ici je dis tout cela. »

Et patati, et patata.

On trouve du bon dans ce discours-là.

Il poursuivait sur ce ton, Quand deux bizets, sous les armes. Ramènent à Charenton Cet orateur plein de charmes.

Néanmoins l'avocat Bêlant S'écrie : Ah ! les fous ont bien du talent !

J'ai fait rire et verser des larmes; * Mais je n'ai rien dit qui valût cela.

Et patati, et patata.

C'est moi qu'on sifflait sans ce discours-là.

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