‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger :Chapitre 75 sur 129 · LES CHAMPS · texte numérisé non relu

LES CHAMPS

Air : Mon amour était pour Marie.

Rose, partons; voici l'aurore:

Quitte ces oreillers si doux.

Entends-tu la cloche sonore Marquer l'heure du rendez-vous?

DE BÉRANGRR. S17

Cherchons^ loin du bruit de la ville, Pour le bonheur un sûr asile.

Viens aux champs couler d'heureux jours : Les champs ont aussi leurs amours.

Viens aux champs fouler la verdure, Donne le bras à ton amant; Rapprochons-nous de la nature Pour nous aimer plus tendrement.

Des oiseaux la troupe éveillée Nous appelle sous la feuillée.

Viens aux champs couler d'heureux joure : Les champs ont aussi leurs amours.

Nous prendrons les goûts du village;

Le jour naissant t'éveillera ;

Le jour mourant sous le feuillage

A notre couche nous rendra.

Puisses-tu, maîtresse adorée,

Te plaindre encor de sa durée!

Viens aux champs couler d'heureux jours :

Les champs ont aussi leurs amours.

Quand Télé vers un sol fertile Conduit des moissonneurs nombreux; Quand, près d'eux, la glaneuse agile Cherche l'épi du malheureux ; Combien, sur les gerbes nouvelles.

De baisers pris aux pastourelles !

Viens aux champs couler d'heureux jours : Les champs ont aussi leurs amours.

Quand des corbeilles de Tautomne

S'épanche à flots un doux nectar,

Près de la cuve qui bouillonne

On voit s'égayer le vieillard ;

Et cet oracle du village

Chante les amours d'un autre âge.

Viens aux champs couler d'heureux jours :

Les champs ont aussi leurs amours.

Allons visiter des rivages

Que tu croiras des bords lointains.

Je verrai, sous d'épais ombrages,

Tes pas devenir incertains.

Le désir cherche un lit de mousse;

Le monde est loin, l'herbe est si douce!

Viens aux champs couler d'heureux jours ;

Les champs ont aussi leurs amours.

C'en est fait! adieu, vains spectacles;

Adieu, Paris, où je me plus;

Où les beaux-arts font des miracles,

Où la tendresse n'en fait plus!

Rose, dérobons à l'envie

Le doux secret de notre vie.

Viens aux champs couler d'heureux jours :

Les champs ont aussi leurs amours.

DE BÉUÂNGER. 219

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