XXVIII NOTICE
Certes, notre poète Déranger, maitre de Tode, mailre inspiré de la chanson française, est au premier rang de ces privilégiés qui peuvent se dire à eux-mèmi\s : Ma poésie, c'est ma vie entière! On peut donc ne chercher la vie de notre poète que dans ses vers. lÀ, vous trouverez son ànie, son esprit, son coeur, son génie, tout lui-même. A peine si, de temps à autre, une note jetée à la hâte au bas de la page remplie, une indication faite au courant de la plume, une préface écrite en toute modestie, mettent le lecteur dans quelques-uns de ces très -simples et très- naïfs secrets d'une biographie si digne de notre intérêt, de notre curiosité et de nos respects.
Nous n'écrivons pas ici une histoire authentique, non plus qu'un essai littéraire : Déranger ne le souffrirait pas en tête de ses œuvres revties et corrigées par r auteur; nous nous contenterons de recueillir quelques indications certaines à l'aide desquelles le lecteur pourra refaire, couplet par couplet, l'histoire de son poète bienaimé.
Pierre- Jean de Déranger, un véritable enfant de Paris, comme Molière, son voisin, qui est né sous le Pilier des Halles, vint en ce inonde, quMl devait remplir de ses sages, héroïques et gais refrains, le 19 août 1780, dans la rue Montorgueil, au n" 50, tout près des Halles. Cette maison de la rue Montorgueil a été démolie récemment pour faire place au nouveau marché, que l'on pourrait appeler le Rocher de Cancale; il sera donc impossible à l'avenir de placer môme un marbre sur cette modeste demeure, qu'on eût visitée comme on visite aujourd'hui encore la maison de Corneille. — J'imagine que notre poète a dû se consoler bien volontiers.
Il vint donc au monde
a Chez un tailleur, son pauvre el vieux ^nd-père. »
Mais, en revanche, le père de Déranger était un vrai belesprit, animé de toutes les heureuses passions et ne doutant de rien, non, pas même qu'il ne fût bon gentilhomme, et qu'il ne devînt très-riche, un jour ou l'autre ; si bien que la première enfance du petit Jean resta confiée au pauvre et vieux grand-père, qui l'entoura de bienveillance, d'indulgence et de bonté. On le gronda peu, on l'aima