‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger :Chapitre 97 sur 129 · L'AVEUGLE DE BAGNOLET · texte numérisé non relu

L'AVEUGLE DE BAGNOLET

Air : Ronde de ta Ferme et le C fiât eau.

ABagnolet j'ai vu naguère

Certain vieillard toujours content.

Aveugle il revint de la guerre,

Et, pauvre, il mendie en chantant. (Bis.)

Sur sa vielle il redit sans cesse :

« Aux gens de plaisir je m'adresse.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît. »

Et de lui donner on s'empresse.

« Ah! donnez^ donnez, s'il vous plaît,

(c A l'aveugle de Bagnolet. »

Il a pour guide une fillette ; Et, près d'aimables étourdis, A la contredanse il répète :

v< Comme v(hi$ j'ai dansé jadis.

« Vous qui pressez avec ivresse c< La main de plus d'une maîtresse, « Ahl donnez, donnez, s'il vous plaît; « J'ai bien employé ma jeunesse.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît, ce A l'aveugle de BagnQlet. »

Il dit aux dames de la ville Qu'il trouve à de gais rendez-vous :

Ci Avec Babet, dans cet asile, a Combien j'ai ri de son époux !

« Belles qu'une ombre épaisse attire, « Là, contre l'hymen tout conspire.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît; « Les maris me font toujours rire.

c< Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît, « A l'aveugle de Bagnolet. »

S'il parle à de certaines filles Dont il fit longtemps ses amours :

«Ah! leur dit-il, toujours gentilles, « Aimez bien et plaisez toujours.

« Pour toucher la prude inhumaine, a Trop souvent ma prière est vaine.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît, « Befuser vous fait tant de peine !

c< Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît, « A l'aveugle de Bagnolet. »

Mais aux buveurs sous la tonnelle Il dit : a Songez bien qu'ici-bas,

« Même quand la vendange est bell«%

(c IjB pauvre ne vendange pas.

« Bons vivants que met en goguette

« Le vin d'une vieille feuillette,

«Ah! donnez, donnez, s'il vous plait;

« Je me régale de piquette.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plait,

« A Taveugle de Bagnolet. »

D'autres buveurs, francs militaires,

Chantent l'amour à pleine voix.

Ou gaiement rapprochent leurs verres

Au souvenir de leurs exploits.

Il leur dit, ému jusqu'aux larmes, .

« De l'amitié goûtez les charmes.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît;

« Comme vous j'ai porté les armes!

« \h] donnez, donnez, s'il vous plaîl,

« A l'aveugle de Bagnolet. »

Faut-il enOn que je le dise?

On le voit pour son intérêt

Moins à la porte de l'église

Ou'à la porte du cabaret.

Pour ceux que le plaisir couronne,

J'entends sa vielle qui résonne :

«Ah! donnez, donnez, s'il vous plait;

c( Le plaisir rend l'âme si bonne!

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plait,

« A l'aveugle de Bagnolet. »

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