‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger :Chapitre 98 sur 129 · LE PRINCE DE NAVARRE · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE NAVARRE

MATHIIRIN BRIINEAII *

Air du Ballet dfê Pierrots

Quoi! tu veux régner sur la Franco!

Es-tu fou, pauvre Mathurin?

N'échange point ton indigence Contre tout Tor d'un souverain.

Sur un trône Tennui se carre, Fier d'être encensé par des sots.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Des leçons que le malheur donne Tu n*as donc point tiré de fruit?

Réclamerais-tu la couronne Si le malheur t'avait instruit?

Cette ambition n'est point rare, Même ailleurs que chez les héros.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

' Tout le monde se rappelle que Mathurin Bruneau, reconnu pour être fils d'un $al>otier, affectait de se donner le titre de prince de Savarre.

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Daus le rang que toi-même espères, Trompé par des flatteurs câlins, Que de rois se disent les pères D'enfants qui^se croient orphelins !

Régner, c'est n'être point avare • De lois, de rubans, de grands mois.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Quand tu combattrais avec gloire, Sache que plus d'un conquérant Se voit arracher la victoire Par un général ignorant.

Un Anglais, aidé d'un Tartare, Koule aux pieds de nobles (lrai>eaux.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Combien d'agents illégitimes

Servent la légitimité!

Trop tard, sur les malheurs de Nimes,

On éclairerait ta bonté.

Le roi qu'au pont Neuf on répare '

Parle en vain pour les huguenots.

Croyez-moi, prince de Navarre,

Prince, faites-nous des sabots.

De tes maux quel serait le terme.

Si quelques alliés sans foi

On s'occupait aioi*s de relever lu sUtue de H'mri IV.

ti«0 CHANSONS

Prétendaient que tu tiens à ferme Le trône que tu dis à toi?

De jour en jour leur ligue avaiv Augmenterait le prix des baux.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Ënlin pourrais-tu sans scrupule, Graissant la patte au Saint-Espril, Faire un concordat ridicule Avec ton père en Jésus-Christ?

Pour lui redorer sa tiare, Tu nous surchargerais d'impôts.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

D'ailleurs, ton métier nous arrange :

Nos amis nous ont fait capot.

C'est pour que l'étranger la mange Que nous mettons la poule au pot.

De nos souliers même on s'empare, Après avoir pris nos manteaux.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

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