A M. D’AGINCOURT
A nONP..
Uvourne, k 17 novembre
J’al reçu dans le temps. Monsieur, les belles gravures que vous m’avez adressées. Rien, je vous assure, ne pouvait me faire plus de plaisir. Tout le monde doit les trouver belles ; mais pour ceux qui , comme moi , en connaissent les originaux , elles ont le mérite de les représenter avec une parfaite exactitude, mérite rare et peut-être unique dans ce genre de travail. En un mot, que peut-on dire de plus? elles sont belles et fidèles.
INÉDITES
Si je ne vous en ai pas fait plus tdt mes remerclments, c’est que j'espérais toujours aller à Rome vous revoir, vous, .Monsieur, et votre pays que j'ai tant de raisons d’aimer ; et, à vrai dire, je l’espère encore ; mais, abusé tant de fuis, je ne veux plus compter sur rien, et je me décide enfin à vous apprendre, autant que faire sc peut dans une lettre, combien je suis sensible à de telles marques de votre souvenir et de votre amitié.
Je ne sais si vous avez dessein de publier tous vos vases ; ce serait un beau présent à faire aux artistes et aux amateurs de l'antiquité , et pour ma part je vousy engage fort ; mais, si vous prenez ce parti , croyez-moi , Monsieur, supprimez les commentaires infinis , les explications forcées, le luxe typographique, et tout l’étalage au moyeu duquel ces sortes d’ouvrages se vendent plus cher et valent moins. Quant aux explications , je vous avoue , pour moi , que si je ne trouve pas d’abord le sujet de ces tableaux , je m’en passe fort bien , et j’aime mieux cela que de contraindre mon esprit à y reconnaître quelques traits ou d'Homère ou d'Euripide. Vous pensez comme moi , je crois, et vous vous contentez de voir, dans la plupart des monuments qui nous restent de l’antiquité , la représentation toute simple de quelque scène de la vie commune.
A M. DE SAINTE-CROIX
à PARia.
Livourne, le 27 novembre ibuk.
Monsieur, suivant vos instructions, j’ai remis moi-mème à M. Degérando mon Xénophon ' , qui sc recommande fort à vos bontés. Vous me faites grand plaisir de ne pas dédaigner un hommage aussi obscur que le mien. Si j’ai quelque mérite, c’est d’avoir pu vous plaire, et c’est par là que je suis sûr de prévenir au moins le public eu ma faveur.
1 1 m’importe , comme vous dites fort bien , que mon travail paraisse le plus tôt possible, nonseulement à cause de M. Gall , mais encore par d'autres raisons. Je vous prie donc de le livrer à quelque libraire , au x conditions que vous jugerez convenables , ou même sans condition. Je voiidrids bien être assez riche pour faire les frais de l'impression et pouvoir ainsi disposer de tous les exemplaires ; ce serait une espèce de demi-publicité qui me conviendrait fort; mais je n’ai jamais un sou; et puis, ne sc moquerait-on pas avec quelque raison d'un officier qui emploierait
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KCKITES DE FKAN'CE ET DTlALIE.
sa solde à se faire imprimer? Il faut donc trouver on libraire qui se charge de fout. Vanité d'auteur à part, je ne puis croire qu’il y perde. Si le grec ne se vend guère (car entre nous les lecteurs sont cinq ou six en Europe), il se vend cher; il y a toujours un certain nombre d’amateurs sur lcs<|ucls on peut compter, et la traduction , qui se peut séparer du texte, aura plus de débit, ne fùt-ce que comme ouvrage militaire. Au reste, Monsieur, en cela comme en tout le reste, vous savez beaucoup mieux que moi ce qui se peut faire et ce qui convient , et puisque mon Xénophon a le bonheur de vous intéresser, je ne suis pas inquiet de son entrée dans le monde.
Pour le grec, l’édition devrait être soignée par quelqu’un qui l'entendit et qui voulût prendre la peine d’y ajouter les accents. J’ai l'habitude très-condamnable de les omettre en écrivant.
M. Boissonade , avec quij’ai eu quelques liaisons, pourrait se charger de cet ennui , s’il voulaitm’obligcr aussi sensiblement que Grec puisse obliger un Grec. J’hésite d’autant moinsà l’en prier, que je puis lui rendre lu pareille , étant tout il son service pour quelque collation ou notice de manuscrits qu'il lui faille de Borne ou d’ici, je veux dire de Florence. Qu’il considère un peu de quelle consé<iuence il est pour les destinées futures de Xénophon que cette édition soit correcte , puisque , étant la quintessence de tous les manuscrits , sans addition ni suppression , changement ni correction aucune, fidélité rare et p(!ut-être unique, elle servira de base ù toutes celles i|u’on fera jamais de ce texte. Ce n’est donc pas pour moi , mais pour Xénophon, que je lui demande cette grâce, en un mot , pour l'amour du grec.
Je n’ai point vu l’édition publiée en .\llemagnc il y a quatre ou cinq ans, et je ne la connais que par les lettres de feu M. de Villoison , qui m’en parlait fort avantageusement. Si l'éditeur, M. Weiske, a donné quelques soins au texte de ces deux traités, il se peut que nos conjectures se rencontrent souvent. Je ne sais même (car j’ai appris que j’étais nommé dans sa préface) s’il n’a point publié quelques-unes de mes notes que M. Villoison a pu lui communiquer.
Je crois sans peine. Monsieur, tout ce que vous me marquer, de M. I jrcher, quelque admirable que cela soit. Sa vie est comme ses ouvrages , fort au-dessus des forces communes. Je pense lui être plus redevable que personne, car tout mon grec me vient de lui. Si j’en sais peu , sans lui je n’en saurais point du tout. Ce fut son Hérodote qui
m’ouvrit le chemin à ces études, au.xquelles je dois les meilleurs moments de ma vie. Cela vous explique pourquoi je ne cite que lui dans mes notes. Malheureusement j’ai cité quelquefois Hérodote sans pouvoir consulter sa traduction , seulement d’après mes extraits. Je travaillais en courant la poste, et le plus souvent sans livres. Dieu veuille qu’il n’y paraisse pas trop ! mais quoi? je faisais en soldat la besogne d’un soldat; car il y fallait un homme du métier, et qui n’eût connu que les livres n’aurait pu entendre ceux-là. Je reviens à M. Larcher pour vous prier de lui présenter mon respect. En vérité , je ne sais par où je puis êtredigne de l’amitié dedeux hommes comme vous et lui , si ce n’est par mon Inviolable attachement.
Je comprends la perte que vous venez de felre ' , Monsieur, et j’ose à peine vous en parler. Je suis bien peu propre à vous consoler, moi qui , depuis dix ans atteint d’une douleur pareille’, la sens comme le premier jour. Je crois pourtant qu’il ne faut pas se plaire à son chagrin ni se nourrir d’une amertume qui affligerait, si elles nous voyaient, les personnes mêmes que nous regrettons.