A M. D’AGI>COURT
Livourne, le l&d^mbre ison.
Monsieur, je profite tant que je puis de votre expérience et de vos lumières pour moi-môme , et dans l'occasion j'en fais part à mes amis , comme vous allez voir. M. de Sainte-Croix, savimt dont le mérite peut vous être connu , me mande qu'il souffre de la vessie. Aussitôt je lui écris ce que je vous ai vu faire en cas pareil , et comment la diète de Pytliagorc vous a sauvé de ce vilain mal ; et puis (voyez si je compte sur votre complaisance), ne pouvant lui dire cela qu'en gros, je lui promets d'obtenir de vous une note plus circonstanciée de votre régime et de ses effets , et des causes qui vous obligèrent d'y recourir. C’est une bonne œuvre que vous ferez , Monsieur, de dicter pour mol et pour lui ces dix ou douze lignes. Notez dicter, non écrire; il ne faut pas, pour soulager la vessie de M. de Sainte-Croix , rendre vos yeux plus malades ; mais, au contraire, il faudrait qu'il m'envoyât, lui, quelque recette éprouvée contre le mal d'yeux, et qu’ainsi je pusse vous guérir et vous conserver l'un par l'autre.
J’ai bien une autre demande à vous faire que celle-là, une commission importante, dinicile, dont je ne sais comment vous allez vous tirer. Voici ce que c’est : je voudrais avoir une bonne copie de l'empereur, de Canova. Quand je dis copie, vous m'entendez ; c'est un abrégé qu'il me faut , proportionné à ma bourse , de la grandeur à peu près de cette flgure de l'Antin qu'on dessine dans les écoles , de quoi orner un appartement. En voilà trop, et vous voyez mieux que moi ce que je veux. C'est pour un grand seigneur d'aujourà’hui ou d'hier, qui ne se connaît guère à cela ni à rien , mais qui reçoit chez lui toute la France. L’ouvrage serait en lieu d'être vu, et pourrait ainsi faire quelque honneur à l'artiste ; il faudrait donc qu'il fût bien fait et tôt, pour paraître à Paris avant l’original , s’il se pouvait.
C’est là le point. Monsieur Marin , qui , je l'espère ne m’aura point oublié , est apres vous , Monsieur, le seul homme auquel je puisse me recommander pour le succès de cette affaire. Je vous prie de vouloir bien, en lui faisant mes compliments, l’intéresser un peu pour mol , et l'assurer que toule mes langues seront employées à le louer d'un si grand bienfait.
J'étais tenté de faire encore cette guerre d’Espagne, et je l'ai demandé; mais on m’a refusé. Une si belle occasion de m'aller faire estropier sur les pas des Césars ne reviendra plus pour moi ; car si Dieu ne change mes résolutions, je mettrai bientôt mon aftnure au croc. Je sais a présent ce que c’est que la guerre et les guerriers ; je m’en vais , et dis comme .\thalie : J'ai voulu voir, fai vu.
Vos lettres, vraiment, me font un grand plaisir, et la dernière toujours plus que les autres ; mais je n'osc vous en demander, à cause de votre vue. Il m'en faut cependant; écrivez-raoi donc , mais peu , seulement pour me prouver que vos yeux voient et que vus moins agissent. Adressez à Milan, ou je serai dons un mois.
A M. DE SAI.NTE-CROIX
A rAKIS.
Uvouruf, le dpcembrc I8U8.
Monsieur, j’apprends avec bien du chagrin le cruel mal qui vous tourmente ; et quoique vous soyez, en lieu où nul bon conseil ne saurait \uus manquer, quoiqu'il y ait aussi une sorte d'indiscrétion à conseiller les malades , je veux pourtant vous dire ce que j'ai vu qui se rapporte à votre état, un fait dont la connaissance ne peut, je crois, vous être qu'utile.
M. d'Agincourt, à Rome, est connu de tous ceux qui ont voyagé en Italie , comme amateur très-distingué des arts et de la littérature , et vous aurez pu aisément entendre parler de lui. Je le laissai, il y a dix ans, souffrant peut-être plus que vous , du même mal , et je viens de le revoir à l’âge de soixante-douze ans , non-seulement sans douleur, mais en tout , je vous assure , plus jeune qu'alors, n’étaient scs yeux dont il se plaint. Voila de quoi je suis témoin, et voici le régime que commençait M. d’Agincourt quand je le quittai , il y a dix ans , et qu’il suit encore. Il ne mange que des végétaux cuits à l’eau simple , sans aucun assaisonnement ni sel ; mais sa principale nourriture est la polenta ou bouillie de farine de mais, qu'on appelle en I-anguedoc millasse. D'ail-
KCRITES DE FRANCE ET D’IÏAEIE.
leui-s , abstinence toUile de toute autre boisson que l'eau. Comme j'entretiens avec lui une correspondance fondée sur l'amitié dont il m'honore, je lui écris aujourd'hui i»Hr avoir l'Iiistoire de son mal et de sa guérison. Une pareille note , ou je me trompe fort , vous sera toujours bonne à quelque chose. Cette diète lui fut indiquée , a M. D'Agineourt , non par les médecins , mais par M. le chevalier Axara , qui l'avait vue en Espagne pratiquée avec succi-s , et s'en souvenait , dont bien prit, comme vous voyez, à son ami. Qui empêche que je ne sois pour vous le chevalier Azara? alors, vraiment, je me louerais de mes courses en Italie.
Je vous livre. Monsieur, sans réserve, mon œuvre ', et mou nom, si on veut absolument le mettre en tête du volume. J'aimerais mieux cependant, par des raisons particulières que je puis appeler raisons d'État , n’étre point nommé. Fêchez, je vous prie, de m'obtenir cela; du reste le plus tôt sera le mieux. Si je pouvais avoir une vingtaine d’exemplaires.... Mais tout est entre vos mains , et je suis trop heureux qu'une amitié qui m’est si honorable et si chère vous engage A prendre ce soin.
Voici de quoi ajouter à mes notes’ ; vous voyez comme je travaille : tout ce qu’on appelle déycousu, béton rompu , n’est rien en comparaison. Une ligne faite à Alilan , l’autre à Tarente, l’autre ici , Dieu sait comme tout cela joindra.
[Courier avait, depuis les premiers jours de novembre, re<;u l'ordre de quitter Livourne et la Toscane, et de se rendre à Milan ; il l'exécuta enfin, après l'arrivée de l’officier qui devait leremplacer, et partit de Florence le 4 février 1809.)
A M. GRIOIS,
■ uoe DU 4* RéemEXT d'aRTIIXERIK a rJIr.VAL , A VÊRasC.
Mil.iD, le 10 man IS09.
Ma foi, mon major, je vous quitte, et c’est à regret en vérité. L'honnétcté n'entre pour rien dans ce que je vous dis là. Je vous regrette tous , mes camarades J j'ai passé avec vous des moments agréables. Cependant , pour avoir du bon temps , je crois qu'il vaut mieux être libre.
Le diable s était mis dans mes affaires en France. Je demande un congé pour aller voir ce quec était; on me le refuse. J 'avais déjà demandé à passer en Espagne, comptant bien queje pourrais,
' Xénophori.
* 5ar Xéooplion.