LETTRE DE M. RENOUARD
Paris , le e février 1810.
Monsieur, vous avez sans doute reçu la lettre que Je vous ai écrite il y a quelques jours, et vous aurez vu que J'attends, non sans beaucoup d'impatience, le bienheureux fragment et tout ce qui s'ensuit : J'espère que vous allez m’envoyer bientôt tout cela, et Je me repose sur votre activité et votre bonne amitié; mais il est question de bien autre chose. Connaissez-vous le bel article mis par nos honnêtes messieurs ' dans le Carrière ililanese? en voici une copie pour votre édidention. Comme ces excellentes personnes n'ont pas été Jusqu'à signer leur petit libelle, il me semble que le remède est à côté du mal , et qu'on peut leur ménager un expédient pour chanter la palinodie , sans compromettre leur dignité et leur grande réputation de sincérité et probité. Il suffirait qu’ils voulussent bien ( sur la demande que leur en ferait monsieur le préfet) signer une déclaration , portaut que l'article inséré dans le Journal est faux dans presque tous les détails, expliquant par quel accident la tache a été faite au manuscrit, et par qui. Je suis persuadé qu'ils ne s'y refuseront pas , et ce sera une affaire termiuée. Dans le cas contraire, j'ai tout prêt un factum moitié sérieux , moitié plaisant, dans lequel ces messieurs ne seront pas trop ménagés. Mais Je vous avoue que cet expédient ne me plairait guère, et que Je ne suis aucunement curieux de ce petit bruit qu'on fait en se querellant
E.VTRAIT
DD COBBIBRB HILANBSB DD 23 JABTIEB 1810.
Fln'nr^, 14 gcoo^o IBIO.
Ebbe qui luogo non ha guari un tratto vandalico che prova flno a quai punto la cupidigia possa acciecare, sui veri interessi délia lelteratura , quegli uomini medesimi che professano dl concorrere a’suoi progressi. Un librajo francese, che viaggiava In questi ulüinl tempi in Italia, si recô a visitare la biblioteca Laurenziana ; i conservatorl dl questo qelehre stabilimento gli comunicarono parecchi manoscritti , e fra gli altri
' Le* blblIoIhécAlres de Florence FurU cl BcocIdI.
quelle dl Ixingo soflsta. I giomali hanno annunzlato, in quel’ epoca, che nel percorrerlo, lo ritrovô più completo dl quello sul quale erano State fatte le edizioni del leggladro romanzo di Dafni e Cloe, tradotto dalnostro Annibal Caro. Questo librajo copiô adunque colla più gran cura II frammento che noo era stato pubblicato per anche , e quindi restitul il manoscritto. I conservatori nel riceverlo s’accorsero che tutta la parte fln'ora inedita era ricoperta d'inchiostro e sene lagnarono ; il librajo si scusô col dire che sfortunatamente il suo calamajo eravisi rovesciato sopra. La sua scusa fu menata buona da’ conservatori , chc sperarono d’altronde di far isparire la macchia cogll esperimenti conosciuti; ma, dopo parecehic prove, riconobbero vani tutti i loro sforzi, poichè la macchia era stata fatta con un inchiostro indeleblle che non trovasi ne alla biblioteca, ne in alcun offlcio.
In tal maniera quesf avido librajo, per essere il solo possessore del frammento di Longo non por anco pubblicato, si è privato d’ogni mezza comprovante l'autcnticità dcll’ ediziunc che si propone di farne.
A M. RENOUARD
A PAfllS.
Flomice, le a mars isio.
J’ai reçu. Monsieur, vos deux lettres relatives à la tache d’encre. Je ne vois plus M. Fauchet ' , mais Je doute fort qu’il voulût entrer pour rien dans cette affaire. Vous comprenez que chacun évite de se compromettre avec la canaille. C’est le seul nom qu'on puisse donner à l'espèce de gens qui aboient contre nous. Pour moi. Je ne m'en aperçois même pas. Les gazettes d'Italie sont fort obscures, et ne peuvent vous faire grand bien ni grand mal. Au reste, Je ne souffrirai pas qu'on vous pende pour moi, et Je suis toujours prêt à crier : Me, me, adsum gui feci. Je déclarerai, quand vous voudrez , que moi tout seul J'ai fait la fatale tache, et que Je n'ai point eu de complices.
Je vous envoie par la poste la traduction complète imprimée ici ’ . Cela ne se pouvait autre-
* Le préfet
* Tandis que M. Rmooard aMmdait le fraginml Inédit et sa tradueUon pour \n publier à Paris , Courirr avait chaoeé d'avis et résolu da donner lui-mèine une édition compléta du teste grec, et un« autre de ta traduction d'Amyot, ndoucltée et compléiée. Celle-ci se trouvant prèle la première, il l'avait (ail imprimer à Florence chei Pialll, en février isio, et tirer à soixante exemplaires seulement, In-a». Voici la note quTJ avait mise en léte de ceUc édition.
INEDITES,
nient. Notre première Idi* était folle. I.c morceau déterré devait paraître A sa place , et je crois que \ous en conviendrez.
On ne peut mettre assurément moins de génie dans un ouvragequ’il n’y en a dans cette version. Voulez-vous avoir une idée de ma finesse comme traducteur? V’ous savez les vers de Guarini : Sentirsi morir, se sentir mourir, e non pa/cr dir, et ne pouvoir dire : Morir mi senlo , je me sens mourir. Voilà comme j'al fait tout du long du Longus. Si cette innocence ne désarme pas la critique , il n’y a plus de quartier à espérer pour personne. Au reste, ceci n’est pas public : c’est une pièce de société qu'il n’est pas permis de siffler. Si cependant quelqu’un s’en moque, je dirai comme d’Âubigné : Attendez ee loyer de la fidélité.
A M. EIRMIN DIDOT,